En Éthiopie, la mécanisation agricole s’impose progressivement comme un levier de transformation du secteur. L’agriculture représente environ 34 % du produit intérieur brut et emploie près de 60 % de la population active. Dans ce contexte, les autorités cherchent à accroître la productivité en développant l’accès aux machines et aux technologies agricoles. Cette orientation crée un marché potentiel pour les équipementiers étrangers, mais aussi pour les entreprises capables d’accompagner leur implantation par des services de formation, de maintenance et de financement.
La République tchèque entend notamment renforcer sa présence sur ce marché. Le 18 septembre, une délégation de son ambassade à Addis-Abeba s’est rendue au Centre d’excellence pour la mécanisation agricole de Kality. La rencontre a permis de présenter plusieurs fabricants et technologies tchèques et d’échanger sur les conditions nécessaires à leur utilisation en Éthiopie. Les discussions ont notamment porté sur la formation des opérateurs et des techniciens, la maintenance des équipements, les démonstrations de matériels ainsi que la mise en relation entre entreprises tchèques et partenaires éthiopiens. Cette approche associe donc l’introduction des machines au développement des compétences locales.
Cette démarche s’inscrit dans le projet AgriMECH-ET, lancé le 9 septembre par l’Agence tchèque de développement et prévu jusqu’à la fin de 2028. Le programme vise à favoriser l’utilisation de technologies agricoles tchèques tout en renforçant les capacités locales pour exploiter, entretenir et réparer les équipements. La République tchèque arrive toutefois sur un marché où plusieurs acteurs européens ont déjà engagé des démarches. L’Italie, notamment, cherche à faciliter l’accès des entreprises éthiopiennes aux machines produites par ses équipementiers. En juillet 2026, l’Agence italienne pour le commerce extérieur a échangé avec la Chambre de commerce éthiopienne et plusieurs organisations professionnelles sur les conditions de financement des équipements.
Un marché encore largement sous-équipé
Cette stratégie s’accompagne de perspectives d’implantation industrielle. Des fabricants italiens envisagent notamment des activités d’assemblage en Éthiopie, avec la possibilité, à terme, de développer des unités de production destinées au marché local et aux pays voisins. En décembre 2025, le constructeur italien McCormick, filiale d’Argo Tractors, avait déjà officialisé son entrée sur le marché éthiopien à travers un partenariat avec le groupe local Kerchanshe, devenu distributeur exclusif de la marque et responsable de son service après-vente. L’Allemagne intervient pour sa part sur un autre maillon essentiel : le financement. Avec l’appui de la banque publique de développement KfW, un programme vise à faciliter l’importation de machines agricoles et à renforcer les capacités de la Development Bank of Ethiopia afin de développer des solutions de crédit-bail destinées notamment aux PME agricoles.
Cette coopération prolonge un dispositif engagé en 2018. Une première phase avait bénéficié de 13 millions d’euros de financement allemand pour soutenir la mécanisation par leasing. En octobre 2024, Addis-Abeba et Berlin ont également conclu des accords de subvention totalisant 30 millions d’euros, dont une partie est consacrée à la poursuite de ce programme. L’intérêt des fournisseurs étrangers repose sur un marché encore largement sous-équipé. Sur les 18,4 millions d’hectares de terres arables recensés dans le pays, environ 5 millions sont actuellement cultivés à l’aide de tracteurs. La stratégie nationale de mécanisation agricole pour 2026-2035 prévoit ainsi de porter le parc de tracteurs de 20 000 à 65 000 unités et celui des moissonneuses-batteuses de 2 700 à 15 000.
L’environnement réglementaire constitue également un facteur favorable. Depuis 2020, les machines agricoles et certains équipements associés sont exonérés de droits de douane à l’importation. Pour les fournisseurs internationaux, le marché éthiopien se structure ainsi autour de plusieurs besoins complémentaires : équipements, compétences techniques, maintenance et solutions de financement. La concurrence européenne pourrait donc se renforcer à mesure que le pays déploiera sa stratégie de mécanisation.
