La progression de l’Internet, notamment la connexion mobile, transforme progressivement les économies africaines. Le nombre d’utilisateurs augmente, les réseaux s’étendent et le smartphone devient le principal point d’accès aux services numériques. Pourtant, la diffusion de la connexion ne suffit pas à mesurer la profondeur de la transformation. Une partie importante des utilisateurs reste cantonnée à un nombre limité d’activités, principalement les réseaux sociaux, la messagerie et la vidéo.
Selon les analystes, le défi n’est donc plus seulement de connecter davantage d’Africains, mais de leur permettre de tirer une plus grande valeur économique et sociale de cette connexion. Le rapport 2026 de la GSMA sur l’état de la connectivité à l’Internet mobile, fondé sur des données recueillies dans 14 pays, dont l’Égypte, l’Éthiopie, le Ghana, le Kenya, le Nigeria, le Sénégal et l’Ouganda, illustre cette situation. En moyenne, 83 % des utilisateurs d’Internet mobile interrogés déclarent se connecter quotidiennement. Mais la fréquence de connexion ne signifie pas nécessairement diversité des usages. La GSMA considère comme « diversifié » un usage comprenant au moins trois catégories d’activités par jour.
Les écarts apparaissent nettement selon les territoires. En Éthiopie, 61 % des citadins disposent d’un téléphone compatible avec Internet, mais seulement 29 % utilisent quotidiennement l’Internet mobile. Parmi eux, 19 % atteignent le seuil d’usage diversifié, contre seulement 4 % dans les zones rurales. Le Nigeria présente une situation différente, avec un marché numérique plus avancé, mais les disparités restent importantes. En zone urbaine, 79 % des habitants disposent d’un appareil compatible avec Internet, 57 % utilisent quotidiennement l’Internet mobile et 41 % présentent un usage diversifié. Dans les campagnes, le parcours se réduit fortement : si 94 % possèdent un téléphone mobile et 86 % connaissent l’Internet mobile, seuls 51 % disposent d’un appareil compatible, 24 % se connectent chaque jour et 13 % atteignent le niveau d’usage diversifié.
Ces écarts montrent que l’inclusion numérique repose sur plusieurs conditions successives : disposer d’un appareil adapté, pouvoir accéder au réseau, avoir les moyens de l’utiliser régulièrement et posséder les compétences nécessaires pour exploiter les services disponibles. La hiérarchie des usages constitue un autre indicateur de cette fracture. Les réseaux sociaux, la messagerie instantanée, les appels en ligne et la vidéo dominent largement les pratiques quotidiennes. Dans plusieurs pays étudiés, les réseaux sociaux sont utilisés quotidiennement par 90 à 96 % des internautes mobiles. À l’inverse, les usages directement liés à l’activité économique et aux services publics demeurent moins répandus. La recherche d’emploi, la promotion ou la vente de produits, l’accès aux services administratifs et la recherche d’informations agricoles concernent une proportion nettement plus réduite des utilisateurs.
Au Nigeria, 35 % des internautes mobiles déclarent avoir utilisé des services publics en ligne, contre 38 % au Sénégal et 34 % en Ouganda. Dans certains marchés agricoles, la recherche d’informations spécialisées reste également limitée. Les femmes et les populations rurales apparaissent particulièrement exposées à cette limitation des usages. Elles cumulent souvent un accès moins fréquent à Internet et une utilisation moins diversifiée, ce qui réduit leur capacité à bénéficier des opportunités offertes par le numérique : emploi, formation, services financiers, information professionnelle ou accès aux administrations. Pour les économies africaines, l’enjeu change donc de nature. Après avoir investi dans la couverture et les infrastructures, il devient nécessaire de travailler sur l’équipement, l’accessibilité financière, les compétences numériques et la confiance dans les services en ligne.
