L’AfricaMuseum de Tervuren, en Belgique, consacre jusqu’au 27 septembre une exposition au "Panorama du Congo", une œuvre monumentale réalisée au début du XXᵉ siècle. Présentée à l’origine comme une vitrine de la présence belge en Afrique centrale, cette fresque fait aujourd’hui l’objet d’une relecture critique qui met en lumière son rôle dans la construction du discours colonial.
Peint par Alfred Bastien et Paul Mathieu à la suite d’un voyage d’étude au Congo, le Panorama du Congo avait été conçu pour l’Exposition universelle de Gand de 1913. L’œuvre, longue de 115 mètres et haute de 14 mètres, représente les environs du port de Matadi, dans l’actuelle République démocratique du Congo. Elle met en scène des paysages luxuriants ainsi que des scènes de vie locale où les populations congolaises apparaissent dans une représentation harmonieuse des relations avec les Européens. Cette réalisation s’inscrivait dans un contexte particulier. Au début du XXᵉ siècle, la Belgique cherchait à améliorer son image internationale après les nombreuses critiques visant la gestion de l’État indépendant du Congo sous le règne de Léopold II.
Le panorama participait ainsi à une stratégie de communication destinée à valoriser le développement économique de la colonie, tout en soulignant l’action des missions chrétiennes et de l’administration coloniale. L’exposition actuelle propose une analyse de cette œuvre à travers le prisme des recherches historiques contemporaines. Dès l’entrée, les visiteurs découvrent une reproduction du panorama à l’échelle réduite, accompagnée d’une installation sonore qui invite à réfléchir aux voix présentes dans le récit colonial, mais aussi à celles qui en ont été exclues. Des enregistrements de chants interprétés par des Congolais à la même époque sont également diffusés, offrant un contraste avec les représentations picturales de la fresque.
Le parcours muséal s’appuie également sur les réactions recueillies lors de rencontres organisées à Kinshasa et dans la province du Kongo-Central, région représentée dans le tableau. Ces échanges visaient à confronter l’œuvre au regard de personnes directement concernées par l’histoire coloniale. Plusieurs témoignages évoquent un décalage entre l’image idéalisée du Congo présentée dans la fresque et les réalités historiques documentées par les chercheurs. L’exposition intègre par ailleurs une création vidéo de la poétesse Joëlle Sambi. À travers un texte performatif, l’artiste interroge les omissions et les silences du récit colonial, en soulignant les écarts entre la représentation artistique et les violences associées à la période de la colonisation.
Selon les organisateurs de l'exposition, le Panorama du Congo constitue aujourd’hui un objet d’étude historique. Les spécialistes considèrent qu’il illustre la manière dont les images ont été mobilisées pour diffuser une vision favorable de l’entreprise coloniale. En présentant une cohabitation pacifique entre colonisateurs et populations locales, l’œuvre occulte les rapports de domination, le travail forcé et les spoliations qui ont marqué cette période. Par cette exposition, l’AfricaMuseum entend replacer la fresque dans son contexte de production et encourager une réflexion sur les mécanismes de représentation mis en œuvre durant l’époque coloniale. Plus d’un siècle après sa création, le Panorama du Congo continue ainsi de susciter le débat sur la mémoire coloniale et sur le rôle des institutions culturelles dans la relecture critique du passé.
