Au Maroc, la filière de l’avocat fait face à une nouvelle saison marquée par des incertitudes liées aux conditions météorologiques. Après une campagne 2025/2026 caractérisée par une forte baisse de la production et des exportations, les producteurs du Gharb, principale région de culture de l’avocat dans le pays, s’inquiètent des perspectives pour la campagne 2026/2027.
Selon Abdelkrim Allaoui, président de l’Association des producteurs d’avocats du Gharb, certains exploitants envisageraient même d’arracher leurs vergers en raison de la répétition des épisodes climatiques défavorables. La région du Gharb représente environ 90 % des superficies marocaines consacrées à cette culture, ce qui donne à ces préoccupations une importance particulière pour l’ensemble de la filière. La campagne en cours intervient dans un contexte météorologique déjà difficile. Fin juin, une période correspondant habituellement à la chute naturelle d’une partie des fleurs a coïncidé avec plusieurs jours de fortes chaleurs. Les températures ont dépassé 36 °C pendant cinq journées consécutives.
Cette combinaison a provoqué une chute des fleurs plus importante que lors d’une année normale, avec des conséquences potentielles sur le nombre de fruits disponibles au moment de la récolte. Les producteurs restent également attentifs à l’évolution des températures au cours des prochaines semaines. Le risque est notamment associé à une éventuelle nouvelle vague de chaleur avant la fin du mois d’août. À cela pourrait s’ajouter le Chergui, un vent chaud et sec connu pour accentuer le stress hydrique et thermique auquel sont exposées les cultures. À ce stade, il demeure toutefois difficile d’établir une estimation précise des pertes pour la campagne 2026/2027. Les premières prévisions de récolte, attendues en septembre, devraient permettre de mieux mesurer l’impact des conditions météorologiques sur les vergers.
Les inquiétudes actuelles s’inscrivent dans le prolongement d’une campagne 2025/2026 particulièrement difficile. La saison de commercialisation, qui s’étend généralement de septembre à mai, s’est achevée dès mars 2026. Selon l’Association marocaine de l’avocat (MAVA), plusieurs épisodes de chaleur ont marqué le début du cycle de production. Ils ont ensuite été suivis, vers la fin de la saison, par des épisodes d’inondations et de vents violents. L’ensemble de ces phénomènes aurait entraîné des pertes proches de la moitié des volumes initialement attendus. Cette baisse de la production s’est répercutée sur les exportations. Au cours de la campagne 2025/2026, le Maroc a expédié environ 58 000 tonnes d’avocats, contre 112 000 tonnes lors de la campagne précédente, soit un recul de plus de 48 %.
La campagne 2026/2027 sera donc suivie avec attention par les producteurs et les acteurs du secteur. Les données attendues en septembre permettront notamment de déterminer si les épisodes de chaleur observés cette année se traduisent par une nouvelle contraction des volumes commercialisables. Au-delà des résultats d’une seule campagne, la répétition des épisodes de chaleur, des vents violents et des précipitations importantes soulève des interrogations sur les conditions de production à moyen terme. Dans le Gharb, la principale région productrice du pays, ces évolutions pourraient notamment influencer les choix des exploitants concernant le maintien ou le renouvellement de leurs vergers. La filière devra ainsi composer avec un double enjeu : préserver ses capacités de production et d’exportation tout en adaptant les pratiques agricoles à des conditions climatiques devenues plus contraignantes.
