Jumia Technologies poursuit sa profonde transformation stratégique. La plateforme panafricaine de commerce électronique, cotée à Wall Street, prévoit de supprimer environ 200 emplois à plein temps au cours des deux prochains trimestres, soit près de 10 % de ses effectifs actuels. Cette nouvelle réduction de personnel s’inscrit dans une vaste stratégie d’optimisation des coûts fondée sur l’automatisation et le déploiement massif de solutions d’intelligence artificielle.
Selon le directeur général de l’entreprise, Francis Dufay, cette restructuration doit permettre à Jumia d’atteindre un objectif majeur : générer un flux de trésorerie positif d’ici le quatrième trimestre 2026 et renouer progressivement avec la rentabilité. Dans un entretien accordé à Bloomberg TV le 14 mai, le dirigeant a expliqué que l’entreprise était désormais capable d’automatiser une partie importante de ses activités tout en continuant à augmenter ses revenus. « Nous pouvons accroître notre chiffre d’affaires tout en réduisant nos coûts opérationnels et nos coûts fixes », a-t-il déclaré, soulignant le rôle central de l’intelligence artificielle dans cette nouvelle phase de développement.
Les suppressions de postes concerneront principalement les départements de la logistique, du service client, de la finance et du marketing. Des secteurs historiquement gourmands en main-d’œuvre, mais où l’automatisation des tâches progresse rapidement grâce aux outils d’IA générative et aux logiciels d’analyse automatisée. Cette nouvelle vague de licenciements prolonge une cure d’amaigrissement entamée par l’entreprise en 2022. En un peu plus de trois ans, les effectifs de Jumia sont passés de 4 318 employés à fin 2022 à seulement 1 980 collaborateurs en mars 2026. Une réduction de plus de moitié qui témoigne des difficultés rencontrées par le groupe pour trouver un modèle économique durable dans un marché africain du commerce électronique encore complexe et très sensible aux prix.
Pour Francis Dufay, la réalité économique du marché africain impose une discipline financière stricte. La clientèle de Jumia étant composée majoritairement de consommateurs disposant de revenus mensuels compris entre 200 et 300 dollars, l’entreprise ne peut pas appliquer des marges élevées pour améliorer rapidement sa rentabilité. « Si nous voulons gagner de l’argent, nous devons être extrêmement efficaces, compétitifs et sobres », a-t-il insisté. L’intelligence artificielle apparaît ainsi comme un levier stratégique majeur. Le dirigeant affirme que certaines tâches manuelles auparavant longues et coûteuses peuvent désormais être automatisées en quelques semaines seulement grâce à des outils d’IA. Une évolution qui permettrait à l’entreprise d’améliorer sa productivité tout en réduisant ses coûts fixes.
Les derniers résultats financiers publiés par Jumia Technologies montrent des signes encourageants. Au premier trimestre 2026, le chiffre d’affaires de l’entreprise a progressé de 39 % sur un an pour atteindre 50,6 millions de dollars. La valeur brute des marchandises (GMV), indicateur clé du commerce électronique, a quant à elle augmenté de 31 % pour s’établir à 211,2 millions de dollars. La rentabilité opérationnelle reste toutefois négative. Néanmoins, les pertes d’EBITDA ajusté ont été réduites de 32 %, à 10,7 millions de dollars, renforçant l’espoir d’un retour progressif à l’équilibre financier. À travers cette transformation, Jumia tente désormais de démontrer qu’un modèle africain du commerce électronique peut atteindre la rentabilité, à condition d’allier discipline financière, recentrage stratégique et innovation technologique.
