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AFRIQUE - TUNISIE - PHOSPHATES | La CPG traverse une zone de turbulences

Un mouvement de grève a été déclenché par les agents et ouvriers de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), principal acteur du secteur en Tunisie.


Un mouvement de grève a été déclenché par les agents et ouvriers de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), principal acteur du secteur en Tunisie. Le mouvement, parti des régions de Mdhilla et Métlaoui, s’est progressivement étendu à Redeyef et Moularès, paralysant une partie des activités minières. Cette mobilisation rappelle la fragilité persistante d’une filière pourtant engagée dans une phase de redressement.


Le phosphate, ressource minérale essentielle utilisée principalement dans la fabrication d’engrais, joue aujourd’hui un rôle de plus en plus important dans les chaînes industrielles liées à la transition énergétique. Son utilisation croissante dans certaines technologies de batteries renforce son caractère stratégique à l’échelle mondiale. En Tunisie, la CPG demeure le pilier de la production nationale et le principal moteur de cette industrie. Malgré les perturbations sociales, les indicateurs récents montrent une amélioration progressive de la production. Celle-ci a atteint 3,9 millions de tonnes en 2025, contre 3,04 millions en 2024, selon les données communiquées par la direction de l’entreprise. Si cette progression est notable, elle reste toutefois très éloignée du pic historique de 8,2 millions de tonnes enregistré en 2010. Néanmoins, une dynamique de reprise semble s’esquisser depuis 2023.


Par ailleurs, un plan de relance sur cinq ans a été lancé pour porter la production nationale à 14 millions de tonnes d’ici 2030. Ce programme repose notamment sur la modernisation des infrastructures d’extraction, de transformation et de transport, en particulier dans les régions de Gabès et de Mdhilla. Un financement important accompagne cette stratégie, incluant un prêt de 16 millions de dinars koweïtiens (environ 52 millions de dollars) approuvé par le Parlement en avril dernier, ainsi que des contributions du Fonds saoudien pour le développement et du Fonds koweïtien pour le développement économique arabe.


Dans ce contexte de restructuration, la Tunisie cherche également à attirer des investisseurs privés. Certains acteurs étrangers s’intéressent de près au potentiel du secteur. C’est le cas de la société australienne PhosCo, qui a récemment annoncé la découverte de nouveaux gisements sur son projet Gasaat, estimé à 166,6 millions de tonnes de ressources potentielles à haute teneur en pentoxyde de phosphore. Cependant, ces perspectives de croissance se heurtent à des obstacles structurels persistants. La direction de la CPG a elle-même reconnu que les financements mobilisés ces dernières années n’ont pas produit les résultats attendus. Le parc industriel reste vieillissant, les investissements insuffisants depuis 2014, et l’absence d’un programme clair de renouvellement du matériel ferroviaire freine l’efficacité logistique.


À ces difficultés techniques s’ajoute un climat social tendu. Les conflits dans le bassin minier ne sont pas nouveaux. Dès 2008, la région a été le théâtre de mouvements sociaux majeurs autour de revendications liées à l’emploi, à la justice sociale et à la redistribution des richesses issues des ressources naturelles. Ces tensions, durement réprimées à l’époque, sont souvent considérées comme l’un des facteurs précurseurs des bouleversements politiques de 2011. Aujourd’hui encore, la filière des phosphates en Tunisie se trouve à la croisée des chemins. Entre ambitions de relance industrielle et réalités sociales complexes, son avenir dépendra de la capacité des autorités à concilier modernisation économique, stabilité sociale et gouvernance efficace.

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