Alors que l’industrie du jeu en Afrique connait une croissance continue, notamment en termes de revenus, et que les réglementations se renforcent, les investisseurs de diversifient. Pour Pietro Calicchio, spécialiste du secteur hôtellerie et jeu chez PwC  Afrique du Sud, l'industrie du jeu tient un rôle dans l’amélioration de la croissance économique en Afrique.

A savoir que sur le continent, l’événement ICE Africa qui réunit chaque année l'industrie mondiale et l’ensemble du continent africain du jeu, en Afrique du Sud, est devenu le baromètre de l’évolution du secteur. Et Pietro Calicchio de soutenir que les dernières éditions de ICE Africa, celle de 2021 s’est tenue en ligne, ont permis de constater  que l'industrie du jeu sur le continent est toujours dominée par l’Afrique du Sud bien que cette dernière soit affectée « à court terme » par une croissance économique ralentie.

Pour de nombreux autres spécialistes de cette industrie assez complexe à cerner, le jeu est devenu un important contributeur à l’économie africaine du fait de la création d’emplois, de la poursuite des dépenses en immobilisations et du paiement de taxes aux gouvernements provinciaux et nationaux.

Aussi, les recettes des jeux du Nigeria, première puissance économique d’Afrique, devraient croître de 16 % au cours des cinq prochaines années et une loterie nationale appelée Quick Lotto a été lancée. L’ancien président du comité sénatorial sur le marché des capitaux, Ayo Arise, pense que le lancement d’un service de loterie nationale générerait des recettes fiscales supplémentaires et créerait des emplois.

D’après M. Arise, environ 20 % des profits générés par la loterie nationale seront dirigés vers le gouvernement fédéral, qui devrait utiliser l’argent pour financer des projets utiles pour la population.

ICE Africa comme référence


Cet événement fait partie de la série de manifestations destinées à la communauté internationale du jeu incluant Totally Gaming et iGaming Business, la série de formations Totally Gaming Academy, les conférences et expositions, parmi lesquelles ICE London, iGB Live!, WrB et Affiliate Conference. Et il constitue une opportunité sans pareille pour savoir comment se porte l’industrie du jeu sur le continent.

Clarion Gaming, organisateur d’ICE Africa, est persuadé que le jeu connaitra un boom en Afrique et ambitionne de peser encore plus lourd dans la promotion de cette industrie sur le continent, affirmant qu’il accordera « au détail, à la réflexion, à la créativité et au professionnalisme le même niveau d'attention qu’à la fourniture de leur marque phare ICE à l’échelle mondiale et inscrira résolument à l'ordre du jour l’innovation dans l’industrie ». John Kamara, conférencier international et directeur de Global Gaming Africa, partage cet optimisme. 




L’équipe Clarion qui soutient qu’elle privilégie le travail avec des partenaires sur le terrain dans le but d'offrir « un événement professionnel de calibre international au continent, qui marque la première fois que la marque ICE explore des territoires en dehors du Royaume-Uni ».

38 000 machines à sous


Depuis sa légalisation sur le sol sud-africain en 1994, le jeu s’est développé jusqu’à devenir une industrie au chiffre d’affaires de plusieurs milliards de rands dans le pays et, près de deux décennies plus tard, l’industrie est valorisée à plus de 23 milliards de rands et contribue à l’économie du pays à hauteur de 26,9 milliards de rands.





L’Afrique du Sud, destination la plus populaire du continent pour le jeu, compte une quarantaine de casinos et un nombre de machines à sous-estimé à 38 000. D’après le rapport sur les perspectives liées au jeu de PwC, l’industrie devrait croître à un rythme de plus de 5 % pour atteindre près de 35 milliards de rands (2,5 milliards de dollars) d’ici 2022. Mais contrairement aux prévisions lancées il y a cinq ans, ce sera le secteur des jeux en ligne qui servira de booster.

Les chiffres contenus dans le rapport ne se limitent pas à l’Afrique du Sud, d’importantes sommes étant consacrées au jeu au Botswana, au Cameroun, en Égypte, au Ghana, au Maroc, en Namibie, au Zimbabwe et en Ouganda, autant de pays qui seront des axes clés de l’agenda d’ICE Africa.

Les investisseurs se diversifient


Autrefois chasse gardée du groupe Sun International, qui possède la majorité des casinos d’Afrique du Sud avec aussi des investissements au Swaziland, au Lesotho, au Bostwana, en Namibie et en Zambie, le jeu attire de nouveaux investisseurs venus d’autres horizons. C’est le cas du groupe de Dubaï World International qui a ouvert plusieurs casinos au Liberia, au Cameroun, en Guinée équatoriale et à Djibouti.

Les Corses Michel Tomi et Robert Feliciaggi peuvent, pour leur part, être considérés comme les pionniers dans les anciennes colonies françaises. Ils ont ouvert les premières salles de jeu en Afrique dans les années 1990. Les premiers PMU et casinos ont été installés au Gabon, au Cameroun et au Congo-Brazzaville. Depuis, on voit des établissements de jeu partout sur le continent et les « investisseurs traditionnels » sont de plus en plus concurrencés par les grands groupes et aussi les hommes d’affaires chinois.

Si les Asiatiques sont de plus en plus nombreux, notons également l’initiative de Barrière, premier casinotier en France et en Suisse, qui a ouvert son premier casino en Afrique en 2018. Le groupe a choisi Abidjan, capitale économique de Côte d'Ivoire. Celui-ci a une superficie de 1,600m² et propose un large choix de jeux de casino dans l'hôtel Sofitel de la ville. Baptisé l'Eléphant d'or, il a été conçu pour satisfaire les demandes des touristes mais surtout des locaux. Barrière a annoncé avoir investi plus de 4 millions d’euros pour ce projet, mais la société d'état SPDC a aussi beaucoup dépensé pour rénover les lieux.





Par ailleurs, pressentant le jackpot africain, les opérateurs mobiles et sites Internet n’ont pas tardé à proposer des jeux de hasard et d'argent en ligne.  Mais dans certains pays, le succès engrangé par les jeux préoccupe les responsables publics. En Gambie par exemple, tous les jeux d'argent sont interdits depuis mars 2015. Les autorités motivent cette mesure par la nécessité de combattre les effets d'addiction chez les jeunes. D’autres gouvernements soutiennent que les jeux de hasard sont interdits par certaines religions comme l'Islam. Certains souhaitent pour leur part encaisser plus de recettes à l’instar du Burkina Faso qui a décidé qu’une partie des gains des joueurs sera reversée à l’Etat.