Le marché tanzanien compte sept opérateurs télécoms et internet en activité  qui se font de moins en moins de cadeau. La concurrence entre les compétiteurs (Airtel Tanzania Plc, MIC Tanzania Plc – Tigo/ Zanzibar Telecoms Plc - Zantel, Smile Communications Tanzania Ltd, Viettel Tanzania Plc - Halotel, Vodacom Tanzania Plc, et Tanzania Telecommunications Company Limited – TTCL) ne cesse de monter en intensité et chacun sait que le moindre faux pas pourrait se révéler fatal.

C’est dans ce contexte que le gouvernement tanzanien pilote actuellement l’allocation des 73,7 millions USD afin de redimensionner le réseau national de fibre optique. Le Premier ministre Kassim Majaliwa a fait savoir, lors de la conférence nationale annuelle sur les IT qui s’est déroulée à Arusha du 20 au 22 octobre, que l’objectif est de construire jusqu'à 15 000 km de fibre optique avant la fin de 2025.

Pour sortir son épingle du jeu, chaque opérateur déroule sa propre approche. Halotel, évoluant dans le giron du groupe vietnamien Viettel, la plus jeune compagnie dans l’arène (14% de part de marché), compte supplanter ses « ainées » en annonçant des investissements conséquents pour remettre à niveau ses infrastructures et pour capter davantage la clientèle rurale, sa cible principale depuis six ans. L’opérateur vise 3 millions de nouveaux clients d’ici 2023 et ambitionne de monter le podium.
 
Mais la palme du plus ambitieux des sept revient surement à Tigo Tanzania/Zantel  qui totalise près de 30% de part de marché combiné, juste derrière le leader Vodacom et au coude à coude avec Airtel. Reprises par le groupe Axian en avril dernier, les deux filiales de Millicom, qui ne forment plus en réalité qu’une seule entité depuis novembre 2019, promettent de mettre le paquet (500 millions USD) pour les cinq prochaines années pour étendre leur couverture, avec un accent particulier sur la technologie 4G.
 
Hassanein Hiridjee, le PDG du Groupe Axian, veut également avancer ses pions sans tarder sur le créneau de plus en plus disputé des services financiers mobiles. Selon des indiscrétions, des projets de partenariat d’envergure sont sur le feu pour atteindre cet objectif. Reste à savoir désormais comment les opérateurs dits historiques, à commencer par TTCL (contrôlé par l’Etat), vont réagir pour ne pas perdre pied. A noter que ce dernier est déjà en mauvaise posture sur le segment du mobile avec une part de marché inférieure à 3%, sans oublier sa dette qui culmine à 175 millions USD et qui pousse certains Parlementaires tanzaniens à exiger sa recapitalisation.
  

Un poids lourd de l’Afrique de l’Est

 
Selon les données de la Banque centrale de Tanzanie (BoT) et l’autorité de régulation des communications de Tanzanie (TCRA), le secteur tanzanien des télécommunications a contribué à hauteur de 1,9% au PIB réel du pays en 2018, avec 859 millions USD contre 672 millions USD en 2014, soit une augmentation de 28%. Cette croissance est attribuée à l'augmentation du temps d'antenne utilisé par les clients de téléphonie mobile et à l'expansion des services de diffusion de l’internet.




La Tanzanie est le deuxième marché des télécommunications d'Afrique de l'Est, avec une pénétration de 86% de la population totale, pour près de 50  millions d'utilisateurs. Selon les données de la Banque centrale de Tanzanie (BoT) et l’autorité de régulation des communications de Tanzanie (TCRA), le secteur tanzanien des télécommunications contribue à hauteur de 1,9% au PIB réel du pays, avec 859 MUSD contre 672 MUSD en 2014, soit une augmentation de 28%. Cette croissance est attribuée notamment à l'augmentation du temps d'antenne utilisé par les clients de téléphonie mobile et à l'expansion des services de diffusion de l’internet.

Au cours des dernières années, les abonnements au téléphone fixe ont diminué de 47%, passant de 142 819 en 2015 à 76 288 en 2019, tandis que les abonnements aux téléphones portables ont augmenté de 21%, passant de 39,7 millions en 2015 à 47,1 millions en 2019. Les utilisateurs de services internet en Tanzanie représentent 25,8 millions de consommateurs en 2019 (46% de la population totale), contre 17,3 millions en 2015, ce qui indique une augmentation de 49%.

Plus de 90% des Tanzaniens accèdent à l’internet via leurs téléphones portables mais, bien que les prix des données mobiles soient raisonnablement bas, ils restent encore difficilement abordables pour ceux qui résident principalement dans les zones rurales. Cette situation entraîne un écart significatif dans l'utilisation de l'internet entre les zones urbaines et rurales.

Selon une compilation de données réalisée par l’Ambassade De France en Tanzanie, les transactions d'argent mobile dans le pays ont atteint une valeur record de 4,9 milliards USD en septembre 2020. Au cours du même mois, un total de 299 258 504 transferts d'argent mobile ont été effectués, pour une valeur moyenne par transfert de 16,6 USD. M-Pesa représentait la plus grande part des transactions d'argent mobile avec 117 478 807, suivi de Tigo Pesa (88 930 484), Airtel Money (67 515 180), Halopesa (21 383 989), Ezy Pesa (3 215 373) et TTCL (734 671).

En septembre 2020, les abonnements Mobile Money (comptes Mobile Money) ont atteint 30 586 806, dominés par M-Pesa avec 12 514 475 comptes, suivis par Tigo Pesa 8 679 082, Airtel Money 6 153 678, Halopesa 2 263 033, TTCL (537787) et Ezy Pesa 438 751.
 

Des perspectives prometteuses

 
La Tanzanie est un pays de 54,7 millions d’habitants. La croissance du pays était solide ces dernières années avec un PIB par habitant de 910 USD. Le marché tanzanien des télécommunications est aujourd’hui le second de l’Afrique de l’Est, après le Kenya. La Tanzanie fait aussi partie des trois premiers pays au monde pour son nombre d’utilisateurs de services de paiements mobiles, le Kenya étant pionnier en la matière.
 
Située dans la partie est du continent africain, la Tanzanie est le pays le plus vaste et le plus peuplé d’Afrique orientale avec une superficie de 945 087 km², le pays occupe une place stratégique grâce à son ouverture de près de 800 km sur l’océan Indien, à ses frontières avec huit pays et à son adhésion aux trois organisations régionales : Communauté d'Afrique de l'Est (CAE); Communauté de Développement d’Afrique australe (SADC); Marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA).
 
L’économie de la Tanzanie accorde toujours une place de choix au secteur agricole qui représente plus de 50 % du PIB. Le pays exporte majoritairement du coton, du café, du thé et du tabac. Les îles de Zanzibar et de Pemba font partie des principaux producteurs mondiaux de girofliers. Le pays possède de grandes potentialités en ce qui a trait à ses ressources minières, parmi lesquelles on retrouve l’or (4e producteur aurifère africain), les diamants, le charbon, l’uranium, le nickel et le manganèse. Le tourisme joue également un rôle essentiel.

 


Les efforts du gouvernement tanzanien pour réformer l’économie ont permis une croissance continue d’environ 7 % depuis 2009 et ont fait entrer le pays dans la liste des dix meilleures économies africaines. Le gouvernement est appuyé en ce sens par des bailleurs de fonds qui participent fortement au développement des secteurs comme les télécommunications, l’énergie ou les transports.
 
L’amélioration des infrastructures de connectivité représente un véritable enjeu pour la Tanzanie puisqu’elle lui offrirait un meilleur accès aux marchés des pays enclavés de l’Afrique orientale. Les secteurs de la construction et des télécommunications sont considérés par le gouvernement et les bailleurs de fonds comme « les facteurs qui dynamisent la croissance actuelle et feront  son économie de demain ». Ce qui explique l’effervescence qui caractérise aujourd’hui le secteur des technologies de l’information et de la communication.