Des scientifiques africains et internationaux de premier plan se joignent  à l'appel lancé au gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) pour qu'il annule son projet de lever une interdiction de 20 ans sur les nouvelles concessions d'exploitation forestière industrielle. Plus de 25 scientifiques ont envoyé une lettre aux donateurs internationaux avertissant des impacts sociaux et environnementaux d'une levée imminente du moratoire.

Les écologistes craignent qu'un accord forestier d'un milliard de dollars en RDC qui doit être annoncé à la COP26 ne donne le feu vert à une nouvelle exploitation massive de la deuxième plus grande forêt tropicale du monde. « La protection des forêts intactes est cruciale pour le rétablissement d'une planète qui se réchauffe de plus en plus. Il est important que nous ne tenions pas nos forêts et leur existence future pour acquis », déclare Corneille Ewango Eko Kinya, professeur à l'Université de Kisangani. 

Pour ces scientifiques, il serait bien si le gouvernement prolongeait le moratoire sur les nouvelles exploitations forestières industrielles et trouvait d'autres moyens de développer l'économie au-delà de l'abattage de la forêt tropicale. A noter que des plans pour lever l'interdiction ont été annoncés par la ministre de l'Environnement de la RDC, Eve Bazaiba, et adoptés par le Conseil des ministres le 9 juillet, dans le cadre de pourparlers sur la protection des forêts avec des donateurs internationaux dont la Norvège, le Royaume-Uni, l'Allemagne et la France.

Les scientifiques mettent en garde contre "des impacts environnementaux, sociaux et climatiques catastrophiques", qui pourraient "entraîner l'ouverture de dizaines de millions d'hectares de forêt tropicale actuellement vierge à l'exploitation industrielle". Ils soutiennent que l'exploitation forestière commerciale – « même si ce n'est que pour des essences de bois sélectionnées » – conduit souvent à une perte totale de la forêt.

Le bassin du Congo est peut-être la dernière des grandes forêts tropicales humides agissant encore comme un puits de carbone à la suite d'études récentes indiquant que l'Amazonie est devenue un émetteur net de carbone. Une exploitation forestière étendue en RDC pourrait également menacer les tourbières de la Cuvette Centrale, un écosystème qui stocke 30,6 milliards de tonnes de carbone et risque de conduire des espèces à l'extinction.