Professionnel reconnu du tourisme et de l’hôtellerie qui cumule une trentaine d’années d’expérience, Marcello Spadoni nous livre son regard sur le tourisme en Afrique 
et la manière d’acter la reprise après des mois d’arrêt.



Marcello Spadoni, vous êtes un très bon connaisseur du secteur de l’hôtellerie et du tourisme en Afrique et ailleurs.  Pourriez-vous nous dresser brièvement votre parcours?   

Le tourisme depuis toujours, le rêve d’enfant de diriger un hôtel. Les premières saisons comme garçon, plongeur, aide cuisinier et homme à tout faire dans les restaurants de la côte toscane en Italie pour décoller définitivement à 19 ans dans une grande école d’apprentissage pratique qu’est le Club Med. J’y était durant cinq ans comme assistant puis responsable des transports. Ensuite dix ans avec Viaggi del Ventaglio Tour, opérateur leader du marche italien, spécialiste en resort all inclusive, comme membre du staff d’administration puis directeur. C’est avec ce groupe que je suis arrivé à Madagascar, en 2002, pour l’ouverture d’Andilana Beach, le premier resort de l’île. Ces quinze dernières années, j ai travaillé notamment à Madagascar, en Afrique de l’Est et au Brésil. J’ai aussi créé ma société de consulting touristique et hôtelier. Durant une trentaine d’années, j ai eu la chance d’apprendre sur le tas sur trois continents et plus de 15 pays différents.   





Comparée aux autres continents, l’Afrique est en retard en matière touristique (67 millions de visiteurs en 2019). Quelles sont les lacunes à combler pour que la destination Afrique puisse enfin réellement émerger ? 

Il n’est jamais aisé d’analyser l’Afrique dans sa globalité, sa diversité et sa complexité. C’est un continent composé de pays foncièrement différents et avec une évolution touristique qui est loin d’être homogène. Une chose qui est valable pour la destination Afrique est surement qu’elle reste méconnue et souffre de la peur de l’insécurité qui est devenue une sorte de stéréotype dans l’imaginaire collectif, notamment des touristes européens. Un grand travail de communication et d’information est à mon avis très utile pour sortir des clichés qui enferment l’Afrique. Pour certains pays comme Madagascar, l’accessibilité est un élément essentiel est fondamental pour booster le développement touristique. 

L’arrivée sur l’île de la compagnie Ethiopian Airlines a sans doute marqué une importante étape pour la destination dans le cadre de son ouverture au monde, et cela avec des prix assez équilibrés par apport aux autres destinations. Mais à Madagascar comme dans d’autres destinations du continent, il est aussi essentiel de développer le reseau aérien interne pour permettre l’accéssibilité en toutes saisons de toutes les régions du pays. Bien entendu, le déficit en termes d’infrastructures adéquates est aussi un élément qui retarde significativement l’évolution du tourisme mais, sur ce point, on est face au dilemme de “l’oeuf ou de la poule” : doit-on attendre les infrastructures pour developper le tourisme ou developper le tourisme pour améliorer les infrastructures ? Comme toute chose, un bon équilibre des deux est souhaitable.


Quels sont les segments du marché qui s’adaptent le mieux à la destination Afrique et quelle approche marketing devrait adopter le continent pour s’imposer ?

L’Afrique comme destination est tellement variée qu’il est possiblé de miser sur pratiquement tous les segments du marché. La réussite repose à mes yeux sur le choix de la planification stratégique de chaque pays, la manière  de se positionner selon sa ou ses vocations, et selon les spécificités de son patrimoine. Pour pouvoir s’imposer, il faudrait cerntainement lancer une communication commune afin de créer une image forte du “produit Afrique” qui puisse mettre en avant la panoplie d’opportunités de voyage et la diversité de l’offre de voyages: balnéaire, culturel, naturel, aventure, etc. Cela serait utile aussi pour faire connaitre l’Afrique aux Africains. En effet, le tourisme “interne” du continent n’est pas tellement développé. Il existe un potentiel de flux domestique qui est pour l’instant dominé par le business alors que le loisir peut être boosté grâce à un réseau aérien plus efficace et plus accessible. Il existe déjà un tourisme de proximité comme par exemple entre Afrique du Sud et le Mozambique ou Zanzibar. Mais c’est un marché limité aussi  pour l’instant à l’affinité linguistique. Creuser les promesses du tourisme intra-africain sera une bonne source de croissance pour chaque destination en complément des marchés traditionnels tel que l’Europe. 






L’Organisation mondiale du tourisme estime que la pandémie coûtera jusqu‘à 2 millions d’emplois dans le tourisme sur le continent. Cette perte pourrait-elle être récupérée rapidement et quelles sont les solutions pour ce faire ?                     
                                                           
Cette période de pandemie est difficile voire impossible à “récupérer”. On a été paralysé pendant plus d’un ans avec une communication constante d’incertitudes et de peur. Le travail sera de faire redémarrer le système. Je parle de redémarrage mais que surement se manifestera de nouveaux paramètres qu’on devra prendre en compte. Cela sera progressif vu qu’essentiellement, on devra  réinventer la manière de travailler, repenser les produits et surtout changer la maniere de communiquer. Je pense qu’il faudrait raisonner sur la base d’un nouveau départ et restructurer les produits selon les nouveaux paradigmes et les nouvelles tendances engendrées par la pandemie. Pour le reste, la loi de l’offre et de la demande s’imposera et ce sera aux professionnels du secteur d’anticiper.  


La Tanzanie a été le premier pays à rouvrir ses frontières aux touristes et aux voyages internationaux, suivie par les Seychelles, la Tunisie ou encore la Côte d’Ivoire. D’autres hésitent encore. A votre avis, quelle est la meilleure politique de réouverture ?                               
       
Difficile de dire c’est quoi la meilleure politique à appliquer mais j’estime qu’il faut d’abord en adopter une et la suivre dans le but de se donner le moyen de bien s’organiser et de planifier. La Tanzanie, et surtout Zanzibar, n’a pratiquement jamais fermé ses frontières et cela n’a pas heureusement fini en catastrophe sanitaire. Les pays européens ont désormais atteint un niveau de vaccination assez élevé et le facteur risque diminue graduellement. A mon avis, on devrait pouvoir planifier et acter une réouverture effective dans les prochains mois pour les destinations encore fermées comme Madagascar. Le temps pour la filière de programmer et de se réorganiser sur de bons rails. Avec l’aide des tests au départ et à l’arrivée et avec un grand nombre de personnes vaccinées, je pense que le tourisme peut sortir de son confinement. Plusieurs pays en ont déjà fait la démonstration.





L'optimisme est plus ou moins de rigueur dans les instances du tourisme panafricain. Partagez-vous cet espoir d’une reprise forte et rapide ?                

Bien sur que je partage cet optimisme mais cela demandera une programmation sérieuse, l’intégration des nouvelles tendances et les exigences des clients nécessitent une vraie collaboration entre le public et le privé. Non seulement dans la promotion mais surtout dans la manière de rendre l’environnement social et économique propice pour faire prospérer l’activité touristique dans toutes ses formes et pour l’ensemble de la chaîne des valeurs. La concurrence mondiale entre les destinations sera rûde  après ces deux années d’immobilisation. Il faut donc faire preuve de grandes capacités d’innovation, d’ amélioration et de professionnalisme pour s’imposer. Une nouvelle ère se presente et l’Afrique doit savoir profiter de ce nouvel élan.