Au cours des six derniers mois, la Force conjointe du G5 Sahel a continué de renforcer ses capacités opérationnelles dans un environnement sécuritaire particulièrement tendu. Mais les Nations unies estiment que l’heure est venue pour elles de créer une structure qui serait chargée exclusivement d’appuyer la Force.

Les membres du Conseil de sécurité de l’ONU, se basant sur le rapport du Secrétaire général  et l’issue du septième sommet des Chefs d’État des cinq pays du Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) à N’Djamena, ont rappelé le constat selon lequel l’extension géographique du soutien de la Force conjointe du G5 Sahel doit passer par la création d’un bureau d’appui des Nations Unies qui serait exclusivement chargé de fournir un appui logistique et opérationnel complet, y compris pour les transports, ainsi qu’un appui tactique et stratégique.

« Si la Force conjointe du G5 Sahel a fait des progrès en termes d’organisation et de résultats opérationnels, elle n’est pas encore autonome sur le plan logistique; et c’est pourquoi il faut lui garantir un soutien accru et pérenne qui prendrait la forme d’un bureau financé à partie de contributions obligatoires », a résumé la France lors de la réunion du Conseil de sécurité qui s’est déroulée par visioconférence.  Une solution qui obtient le soutien du Secrétaire général de l’ONU de l’Union africaine et de l’Union européenne.
 
Face à une situation sécuritaire toujours préoccupante au Sahel, Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint aux opérations de paix des Nations Unies, le Général Oumarou Namata, Commandant de la Force Conjointe du G5 Sahel, Mohamed Idris, le Président de la Commission de Consolidation de la Paix, et Oumar Ibn Daoud, le Secrétaire d’État aux affaires étrangères, à l’Intégration africaine et à la Diaspora, dont le pays assume actuellement la présidence tournante du G5 Sahel, ont également tous adhéré à cette option.

Objectif de consolidation

Alors que les organisations terroristes cherchent à étendre leur emprise dans le sud du Mali, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Togo et au Bénin et que 29 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence, Jean Pierre Lacroix a prévenu que la consolidation de la Force conjointe n’est qu’un des multiples aspects de l’appui que peut prêter la communauté internationale, citant aussi le développement, la bonne gouvernance, l’humanitaire et la sécurité.

Reconnaissant qu’il n’existe pas de solution uniquement militaire à la crise du Sahel, le Ministre des affaires étrangères du Tchad a indiqué que le G5 Sahel s’est, dès sa création, doté d’une Stratégie pour le développement et de la sécurité  (SDS), qui repose sur quatre axes stratégiques que sont la défense et la sécurité; la gouvernance; les infrastructures; et la résilience; et le développement humain.

De son côté, le Président de la Commission de maintien de la paix a fait sien l’appel du Sommet du G5 Sahel, tenu à N’Djamena le 16 février, en faveur d’un « sursaut politique et civil », en complément des efforts militaires, pour renforcer des initiatives cohérentes de développement, d’aide humanitaire et de bonne gouvernance. Il a fait état d’exemples de changements positifs au Niger grâce à l’autonomisation des femmes et des jeunes, notamment par le biais d’initiatives visant à renforcer la résilience économique, sociale et psychosociale et l’amélioration des moyens de subsistance.

Tout en reconnaissant que la Force conjointe du G5 Sahel est un élément clef de la solution à la paix et à la stabilité dans la région, le Royaume-Uni a prévenu qu’elle doit faire partie d’un effort politique concerté pour s’attaquer aux causes profondes des conflits. De même, la Norvège a souhaité que les mesures de sécurité soient complétées par la compréhension et la lutte contre les causes profondes, qu’il s’agisse des questions de développement, de l’inégalité des chances ou de la vulnérabilité aux changements climatiques.

Bilan et inquiétudes

Dressant un bilan des opérations militaires antiterroristes, le Général Oumarou Namata, le Commandant de la Force, a rappelé le succès de 25 opérations menées par celle-ci depuis ses débuts, dont 11 opérations majeures depuis fin 2019, qui se sont traduites par la neutralisation de centaines de terroristes et la désorganisation d’une bonne partie de leurs capacités logistiques. Le Niger, qui intervenait au nom des A3+1, à savoir le Kenya, la Tunisie, et Saint-Vincent-et-les Grenadines, s’est cependant alarmé que 2020 a été l’année la plus meurtrière pour les civils dans la zone tri-frontalière du Burkina Faso, du Mali et du Niger, où 2 440 civils et membres des forces de sécurité ont perdu la vie.

« Depuis 2018, dans la région du Liptako-Gourma, le nombre de déplacés internes a été multiplié par 20 », a fait observer la délégation nigérienne, avant de plaider pour une approche intégrée de lutte contre ce terrorisme transfrontalier dont les ramifications en Afrique ne cessent de s’étendre.

À l’instar de plusieurs délégations, le Ministre tchadien des affaires étrangères s’est dit particulièrement inquiet des risques potentiels, pour les pays de la région, que font peser les combattants étrangers invités à quitter la Libye. « Sans mesure de désarmement ou d’accompagnement des mercenaires et combattants étrangers en provenance de Libye, tous les pays voisins risquent d’être exposés », a prévenu M. Oumar Ibn Daoud, avant de préciser que « c’est exactement ce qui s’est passé au Tchad avec l’incursion de combattants étrangers qui ont causé la mort du Président Idriss Deby le 20 avril ».

En écho à cette intervention, de nombreuses délégations ont indiqué que le départ des mercenaires de la Libye fait peser sur les pays africains un risque de détérioration supplémentaire susceptible d’annihiler les acquis et de replonger la sous-région dans une violence difficile à contrôler. Face à cette situation, certains membres du Conseil ont estimé que le meilleur moyen d’éviter que l’Afrique ne devienne une base arrière du terrorisme international est de le défaire au Sahel.


A savoir en outre que depuis le dernier débat en date du Conseil de sécurité sur la Force conjointe du G5 Sahel le 16 novembre, la lutte contre les groupes armés terroristes dans la région s’est intensifiée, malgré le contexte actuel de la pandémie du COVID-19. « Preuve de cet engagement international, la Task Force Takuba/groupement de forces Takuba est désormais pleinement opérationnelle et soutient les Forces armées maliennes au combat », s’est-on félicité. Mais l’ONU reconnaît aussi que la Force conjointe reste un élément essentiel des réponses sécuritaires pour lutter contre les groupes armés extrémistes dans la région, ainsi que d’autres défis transfrontières, notamment le trafic de personnes, de marchandises illicites, d’armes et de drogues.