Le président Idriss Deby Itno, intronisé « Maréchal du Tchad » l’année dernière et tout juste réélu à la tête de son pays pour un sixième mandat, a succombé à ses blessures ce mardi 20 avril lors de combats qua’il a conduits dans le nord contre les rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FAC). Retour sur le parcours peu commun et très martial de ce leader tombé au front.

Né en 1952 à Berdoba, Idriss Deby Itno entre à l’école française de Fada, après avoir fréquenté l’école coranique de Tiné. Ses études le mènent ensuite au Lycée Franco-Arabe d’Abéché et au Lycée Jacques Moudeina de Bongor. Titulaire d’un Baccalauréat Scientifique, il entame sa formation militaire à l’Ecole des Officiers d’Active de N’Djaména (Promotion 1975-1976) avant d’entrer à l’Institut Aéronautique d’Amaury la Grange de Hazebruk (France). Devenu pilote de transport, diplômé parachutiste, il retrouve son pays en pleine ébullition après les combats de février 1979.


Ses qualités militaires sont remarquées rapidement sur le terrain, ce qui lui vaut d’être désigné en 1980 Chef d’Etat-major des Forces Armées du Nord (F.A.N.). Quand celles-ci prennent le contrôle de la capitale, il est à la tête de la première colonne qui entre dans N’Ndjamena. Commandant en Chef de l’Armée, Idriss Deby Itno a été également membre du Conseil de Commandement des Forces Armées du Nord (C.C.F.A.N.). Promu au grade de Colonel, il se rend en France où il suit les cours de l’Ecole Supérieure de Guerre Inter-Armées (1986-1987).

De retour au Tchad, il est nommé Conseiller à la Présidence de la République chargé de la défense et de la sécurité, et en même temps, Commissaire aux Armées, puis à la Sécurité au sein du Bureau Exécutif du Comité Central de l’Union Nationale pour l’Indépendance et la Révolution (U.N.I.R.), le parti au pouvoir d’alors.

Le 1er avril 1989, en désaccord avec Hissein Habre, il décide avec quelques compagnons de quitter N’Djaména en direction de l’Est. Le chemin est périlleux ; la petite colonne doit livrer plusieurs batailles en situation d’infériorité numérique et matérielle. Seul Idriss Deby Itno parvient au Soudan et crée l’« Action du 1er Avril » qui s’unit à d’autres formations pour former en mars 1990 le Mouvement Patriotique du Salut (MPS). Au terme d’une fulgurante offensive, lui et ses hommes boutent Hissein Habré hors du pays le 1er décembre de la même année.


Président du Mouvement Patriotique du Salut depuis sa création, Deby Itno est porté à la présidence du Conseil d’Etat dès la victoire des Forces Patriotiques en décembre de la même année, puis désigné Président de la République le 28 février 1991 à l’adoption de la Charte Nationale. Promu Général de Corps d’Armée le 21 février 1995, l’ancien rebelle a été investi Président de la République le 8 août 1996 à l’issue des premières élections pluralistes au Tchad.

L'homme qui va passer plus d'un quart de siècle au pouvoir est considéré comme l'une des personnalités les plus influentes et les plus expérimentées dans le domaine militaire dans la région. Il a mis sur pied l’une des armées les plus combatives du continent et avait l’habitude d’être aux côtés de ses troupes sur le champ de bataille. Il est d’ailleurs présenté comme l’un des meilleurs alliés de la France au Sahel dans la guerre engagée depuis des années contre les djihadistes.

« Le président de la République, chef de l’État, chef suprême des armées, Idriss Déby Itno, vient de connaître son dernier souffle en défendant l’intégrité territoriale sur le champ de bataille. C’est avec une profonde amertume que nous annonçons au peuple tchadien le décès ce mardi 20 avril 2021 du maréchal du Tchad », a annoncé le porte-parole de l’armée, le général Azem Bermandoa Agouna, dans un communiqué lu à l’antenne de TV Tchad.