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FILIERE OR | Le Ghana face aux failles de la gouvernance

L’exploitation illégale de l’or au Ghana, connue sous le nom de « galamsey », est devenue bien davantage qu’un problème local d’extraction clandestine.


L’exploitation illégale de l’or au Ghana, connue sous le nom de « galamsey », est devenue bien davantage qu’un problème local d’extraction clandestine. Son expansion progressive soulève désormais des enjeux majeurs de gouvernance, d’environnement, de sécurité et de contrôle des ressources naturelles, avec des répercussions qui pourraient dépasser les frontières du pays.


Le phénomène prend une ampleur considérable dans un pays qui demeure le premier producteur d’or d’Afrique et l’un des principaux producteurs mondiaux. L’exploitation artisanale et à petite échelle génère aujourd’hui des recettes en devises estimées à environ 11 milliards de dollars, dépassant les revenus attribués aux grandes sociétés minières. Mais une large partie de cette activité échappe aux mécanismes officiels : selon les estimations, entre 70 % et 80 % des mineurs artisanaux opéreraient sans licence. Le terme « galamsey », dérivé de l’expression anglaise « gather and sell » (« ramasser et vendre »), désigne cette exploitation aurifère informelle et illégale. Initialement pratiquée avec des moyens rudimentaires par des populations rurales, elle s’est progressivement transformée en une activité fortement mécanisée. La hausse des cours mondiaux de l’or, l’arrivée de capitaux et d’équipements étrangers ainsi que les faiblesses persistantes de la réglementation ont accéléré cette évolution depuis le début des années 2000.


Des excavatrices, des dragues et d’autres machines ont permis d’étendre les activités vers les forêts, les terres agricoles et les principaux bassins fluviaux. Les rivières Pra, Ankobra, Offin, Tano, Birim et Densu figurent parmi les zones les plus affectées. L’utilisation de mercure et d’autres substances toxiques dans le processus d’extraction accentue les risques environnementaux et menace l’approvisionnement en eau, la pêche et l’agriculture, notamment la production de cacao. La crise touche désormais une part importante du territoire. Environ 120 des 261 districts administratifs seraient concernés, tandis que le nombre de mineurs illégaux est estimé entre 700 000 et 800 000. La contamination de certaines ressources hydriques a également conduit, à plusieurs reprises, à l’arrêt temporaire de stations de traitement de l’eau.


Les autorités ghanéennes ont multiplié les opérations contre le phénomène. Des unités militaires et policières ont été déployées dans différentes régions, sans parvenir toutefois à instaurer un contrôle durable des zones concernées. Les réseaux impliqués dans l’exploitation illégale disposent en effet de chaînes de financement, de transport et de commercialisation qui dépassent largement le cadre des simples exploitations artisanales. La dimension sécuritaire constitue une préoccupation croissante. Des groupes criminels sont accusés de recourir à l’intimidation et à la violence pour contrôler l’accès aux sites et aux revenus. Les affrontements liés à cette activité ont causé la mort de membres des forces de sécurité et de civils, tandis que des armes illégales ont été saisies sur plusieurs sites miniers.


L’implication d’acteurs étrangers, notamment à travers des financements et la fourniture d’équipements, a également renforcé la dimension transnationale du phénomène. Des opérateurs chinois ont notamment joué un rôle important dans la mécanisation du secteur, malgré les restrictions encadrant la participation étrangère dans l’exploitation artisanale. Pour le Ghana, l’enjeu dépasse désormais la seule lutte contre l’extraction clandestine. La capacité de l’État à contrôler ses ressources, protéger son environnement et empêcher l’implantation de réseaux criminels sera déterminante. Dans une Afrique de l’Ouest où des groupes armés ont déjà cherché à tirer profit des économies minières artisanales, le « galamsey » est vu par les observateurs avertis comme un défi majeur pour la stabilité et la gouvernance du pays.

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