Le trafic du canal de Suez montre des signes de reprise, sans toutefois retrouver les niveaux enregistrés avant les perturbations en mer Rouge. La hausse récente du nombre de navires et des recettes de l’Égypte intervient dans un contexte toujours marqué par les tensions au Moyen-Orient et la résurgence d’incidents de piraterie au large de la Somalie.
Cette progression commence à se refléter dans les revenus du canal. Au deuxième trimestre 2026, l’Égypte a enregistré 1,26 milliard de dollars de recettes, soit une hausse de 13 % par rapport au trimestre précédent. Entre le 20 juillet et le 16 août, 1 088 passages ont par ailleurs été recensés, contre 1 070 au cours des quatre semaines précédentes. Le trafic reste néanmoins inférieur de 41 % à celui observé avant la crise en mer Rouge. La reprise s’explique en partie par l’accalmie consécutive au cessez-le-feu conclu à Gaza en octobre 2025. Après plus de deux ans de déroutements par le cap de Bonne-Espérance, certaines compagnies ont commencé à réévaluer leurs itinéraires.
Cette évolution reste cependant limitée par les tensions régionales, notamment celles liées au conflit impliquant l’Iran, ainsi que par la reprise d’attaques contre les navires en mer Rouge. Le détournement d’un pétrolier, le 20 août au large du Yémen, illustre aussi les risques persistants sur cette route maritime stratégique. Six hommes armés ont pris le contrôle du Sibu 1, anciennement appelé Seamull, avant de le diriger vers la Somalie. L’incident est survenu alors que la fréquentation du canal atteignait son niveau le plus élevé depuis janvier 2024, selon Lloyd’s List Intelligence. Les pétroliers représentent actuellement la principale catégorie de navires utilisant le canal. Sur les 3 580 passages enregistrés au deuxième trimestre, 1 526 concernaient des navires-citernes, soit près de 43 % du total. Leur nombre a progressé de 22,3 % sur un an.
Selon les observateurs, cette évolution tient notamment à la réorganisation des flux énergétiques provoquée par les perturbations dans le détroit d’Ormuz. L’Arabie saoudite a ainsi accru l’utilisation de son oléoduc reliant ses installations pétrolières au port de Yanbu, sur la mer Rouge. Une partie des cargaisons peut ensuite rejoindre la Méditerranée via le canal de Suez, en évitant certains points sensibles de la région. La hausse du trafic ne concerne toutefois plus uniquement les hydrocarbures. Les données disponibles font également apparaître une progression des passages de porte-conteneurs. Maersk indique notamment que plus de 30 % des volumes entre l’Asie et l’Europe qui avaient été déroutés autour de l’Afrique empruntent de nouveau la route de Suez. L’armateur a aussi rétabli en juillet le passage par la mer Rouge de son service WAF6, tout en précisant que la poursuite de cette évolution dépendra des conditions de sécurité.
Le regain d’activité maritime intervient parallèlement à une augmentation des incidents signalés au large de la Somalie. Selon Danish Shipping, qui s’appuie sur les données du Bureau maritime international, 13 incidents ont été recensés entre janvier et juillet 2026, contre cinq pour l’ensemble de 2025. Le niveau reste toutefois très inférieur à celui observé entre 2009 et 2011, lorsque les attaques se comptaient par centaines chaque année. Cette situation ajoute une incertitude supplémentaire à la reprise du trafic. Les pays engagés dans le code de conduite de Djibouti, dispositif régional de coopération contre la piraterie, ont récemment approuvé le principe d’une force navale conjointe. Les modalités de son financement doivent encore être précisées.
Les mécanismes internationaux continuent parallèlement d’assurer une partie de la sécurisation maritime. Début juillet, l’opération européenne EUNAVFOR Atalanta a notamment coordonné une intervention après l’attaque du vraquier Golden Arsenal, au large de la Somalie. Une équipe de la marine indienne est ensuite intervenue pour sécuriser le navire et permettre à son équipage de poursuivre sa route. La progression actuelle du trafic du canal de Suez ne permet donc pas encore de parler d’un retour à la normale. Son évolution dépendra à la fois de la situation sécuritaire au Moyen-Orient, de la menace pesant sur les navires au large de la Somalie et des décisions des grandes compagnies maritimes concernant leurs itinéraires.
