Le marché africain du gaz naturel liquéfié (GNL) continue de susciter l'intérêt des investisseurs internationaux. Dernier signal en date, le fournisseur de solutions de liquéfaction Lloyds Energy a annoncé étudier plusieurs opportunités d'investissement dans les infrastructures gazières sur des marchés à forte croissance, notamment en Asie, mais aussi dans plusieurs pays africains. L'entreprise s'intéresse aussi bien aux terminaux d'importation de GNL qu'aux unités flottantes de stockage et de regazéification (FSRU), aux centrales électriques alimentées au gaz et aux infrastructures destinées aux industriels.
Cette annonce confirme une tendance de fond. Face à une demande énergétique en forte progression, de nombreux pays africains cherchent à diversifier leur mix électrique en intégrant davantage de gaz naturel, considéré comme une énergie de transition moins émettrice de carbone que le charbon ou le fioul. Toutefois, malgré un potentiel important, le développement des infrastructures de regazéification demeure largement en retard sur les ambitions affichées depuis plusieurs années. Lloyds Energy précise toutefois que la décision finale d'investissement doit encore attendre. Les projets actuellement à l'étude couvrent l'ensemble de la chaîne de valeur : approvisionnement en GNL, développement de FSRU, partenariats autour de terminaux méthaniers, production d'électricité à partir du gaz et fourniture d'énergie aux secteurs industriels.
Cette approche intégrée vise à répondre à la croissance rapide de la consommation énergétique dans plusieurs économies émergentes. En Afrique, les projets de terminaux de regazéification se sont multipliés depuis près d'une décennie. Plusieurs États ont identifié le GNL comme une solution pour sécuriser leur approvisionnement énergétique, réduire leur dépendance aux produits pétroliers et accompagner leur industrialisation. Pourtant, peu de ces initiatives ont réellement dépassé le stade des annonces. Le Bénin en est un exemple. En 2019, le pays avait conclu un accord avec TotalEnergies pour développer un terminal flottant capable d'importer 500 000 tonnes de GNL par an afin d'alimenter la centrale thermique de Maria Gléta. Le projet devait également faire du pays une plateforme gazière régionale. Depuis, aucune avancée majeure n'a été officiellement communiquée.
La Côte d'Ivoire avait également pris une longueur d'avance avec le projet de terminal méthanier de Vridi, porté dès 2017 par un consortium réunissant notamment Petroci, Shell, Total, SOCAR, Golar LNG et CI Energies. Initialement attendu en 2018, le projet reste aujourd'hui peu documenté quant à son état d'avancement. Même constat en Guinée équatoriale, où le programme LNG2Africa ambitionnait de créer un marché régional du GNL autour d'une première installation de stockage et de regazéification en Afrique subsaharienne. Ces retards illustrent les difficultés structurelles auxquelles est confronté le secteur. Les infrastructures gazières nécessitent des investissements de plusieurs centaines de millions de dollars, des contrats d'approvisionnement à long terme, une demande suffisamment importante pour assurer leur rentabilité ainsi qu'un environnement réglementaire stable. À cela s'ajoutent les défis liés au financement, dans un contexte où les investisseurs deviennent plus sélectifs sur les projets énergétiques.
Quelques pays semblent toutefois franchir une nouvelle étape. Au Ghana, le terminal d'importation de Tema est achevé à près de 95 %, selon la Ghana National Petroleum Corporation (GNPC). Développé avec l'espagnol Reganosa, il permettra de répondre à une demande de gaz appelée à presque doubler d'ici 2036, sous l'effet de la croissance du parc électrique et du développement industriel. L'Afrique du Sud apparaît aujourd'hui comme le marché le plus avancé. Pour Lloyds Energy comme pour l'ensemble des investisseurs internationaux, ces premiers projets pourraient servir de référence pour de futurs développements sur le continent. Si les besoins énergétiques africains continuent de croître, la réussite du marché du GNL dépendra désormais de la capacité des États à transformer leurs ambitions en infrastructures opérationnelles, capables de garantir une énergie plus fiable, compétitive et adaptée aux besoins de leur industrialisation.
