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CONNECTIVITE NUMERIQUE | L'Afrique doit encore accélérer la cadence

L’Afrique vit une importante transformation de son écosystème numérique. En l’espace de deux décennies, le continent est passé d’une quasi-absence de connectivité à un maillage dense de câbles sous-marins en fibre optique reliant ses côtes aux grands hubs mondiaux.


L’Afrique vit une importante transformation de son écosystème numérique. En l’espace de deux décennies, le continent est passé d’une quasi-absence de connectivité à un maillage dense de câbles sous-marins en fibre optique reliant ses côtes aux grands hubs mondiaux. Cette montée en puissance rapide alimente de fortes attentes : gains de productivité, amélioration des systèmes éducatifs, inclusion financière et numérique accrue. Pourtant, ce progrès spectaculaire cache un paradoxe persistant. 


L’Afrique dispose aujourd’hui d’une abondance de bande passante internationale, mais peine encore à la transformer en accès effectif pour ses populations. Ce décalage entre infrastructures globales et réseaux locaux constitue l’un des principaux défis du développement numérique africain. Le tournant décisif remonte au début des années 2000 avec la mise en service du câble SAT-3/SAFE, première grande autoroute numérique reliant l’Afrique à l’Europe et à l’Asie. À partir de là, le continent entre progressivement dans l’ère du haut débit, rompant avec la dépendance aux satellites, coûteux et limités. Une première vague de câbles entre 2009 et 2012 — tels que SEACOM, EASSy ou WACS — amorce une dynamique d’expansion rapide. Une seconde vague, à partir du milieu des années 2010, accélère encore le mouvement sous l’impulsion de grands acteurs technologiques comme Google et Meta, qui investissent massivement dans des infrastructures stratégiques.


Le résultat est impressionnant. Selon les données publiées par TeleGeography, l’Afrique comptait en 2025 près de 77 systèmes de câbles actifs ou en construction. Cette expansion a permis une croissance spectaculaire de la capacité internationale, atteignant plus de 1 800 Tbps, avec un taux de croissance parmi les plus élevés au monde. Cette abondance de bande passante a des effets tangibles : baisse du coût du transit Internet, amélioration des débits et intensification de la concurrence entre opérateurs.



Une couverture encore insuffisante 


Cependant, cette révolution reste largement côtière. La majorité des câbles sous-marins atterrissent dans des pays littoraux, laissant les régions intérieures — et plus encore les pays enclavés — en situation de dépendance. Ce phénomène, souvent qualifié de « fracture des fibres », souligne une réalité structurelle : sans réseaux terrestres robustes, la capacité internationale ne peut être distribuée efficacement. Les chiffres sont révélateurs. Malgré plus de deux millions de kilomètres de réseaux terrestres, la couverture reste insuffisante à l’échelle d’un continent aussi vaste. Selon l’Union internationale des télécommunications, moins de 1 % de la population africaine est abonnée à l’internet fixe, contre une moyenne mondiale bien plus élevée. La majorité des Africains accède à Internet via le mobile, une solution plus flexible mais souvent limitée en qualité et en stabilité. 



La majorité des Africains accède à Internet via le mobile, une solution plus flexible mais souvent limitée en qualité et en stabilité.


Le problème principal réside dans la proximité aux infrastructures : seule une minorité de la population vit à moins de 10 kilomètres d’un nœud de fibre. Les pays sans littoral sont particulièrement vulnérables. Leur connectivité dépend entièrement de réseaux transfrontaliers qui accusent souvent des retards ou des défaillances. Des projets ambitieux comme le Central African Backbone ou le programme WARCIP en Afrique de l’Ouest ont rencontré des difficultés liées à des contraintes politiques, économiques ou sécuritaires. Ces obstacles ralentissent la construction de corridors numériques indispensables à l’intégration régionale.


Au-delà des défis techniques, la question de la gouvernance occupe une place centrale. Alors que les premiers câbles étaient financés par des consortiums d’opérateurs publics ou historiques, les infrastructures récentes sont largement portées par des acteurs privés internationaux. Google, Meta ou encore des entreprises chinoises jouent désormais un rôle majeur dans le financement et la gestion de ces réseaux. Cette évolution présente des avantages indéniables : accélération des investissements, diversification des routes, amélioration de la résilience des réseaux. Mais elle soulève également des interrogations sur la souveraineté numérique du continent. Qui contrôle les infrastructures ? Où sont stockées les données ? Quelles garanties de transparence et d’accès équitable existent pour les opérateurs locaux ?



Investir dans les réseaux de backbone 


L’Union africaine a pris conscience de ces enjeux, notamment à travers son cadre de politique des données adopté en 2022. Celui-ci insiste sur la nécessité de renforcer la gouvernance des infrastructures numériques afin de soutenir une intégration continentale durable. L’objectif est clair : faire en sorte que les bénéfices de la connectivité profitent réellement aux économies locales. L’enjeu des prochaines années ne réside donc plus uniquement dans la construction de nouveaux câbles sous-marins. Il s’agit désormais de combler le fossé entre la côte et l’intérieur des terres. Cela implique des investissements massifs dans les réseaux de backbone nationaux et régionaux, mais aussi dans le « dernier kilomètre », c’est-à-dire la connexion directe aux utilisateurs finaux.



Les infrastructures numériques dépendent d’un approvisionnement stable en électricité, encore insuffisant dans de nombreuses régions. L’intégration de solutions énergétiques efficaces et durables est donc essentielle pour garantir la fiabilité des réseaux.


Pour y parvenir, plusieurs leviers peuvent être activés. Les partenariats public-privé apparaissent comme une solution clé, à condition qu’ils soient orientés vers des infrastructures ouvertes et neutres. Les fonds de service universel, souvent sous-utilisés, pourraient être réformés pour financer l’extension des réseaux dans les zones rurales. Par ailleurs, la mutualisation des infrastructures — notamment à travers les points d’échange Internet (IXP) et les centres de données locaux — permettrait de réduire les coûts et d’améliorer la qualité de service.


Enfin, la question énergétique ne doit pas être négligée. Les infrastructures numériques dépendent d’un approvisionnement stable en électricité, encore insuffisant dans de nombreuses régions. L’intégration de solutions énergétiques efficaces et durables est donc essentielle pour garantir la fiabilité des réseaux. L’Afrique se trouve aujourd’hui à un moment charnière. Elle dispose d’atouts considérables : une croissance rapide de la connectivité internationale, un marché numérique en expansion et une population jeune et connectée. Mais pour transformer ces opportunités en développement concret, elle doit relever le défi de l’infrastructure intérieure et de la gouvernance.

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