Le gouvernement de Côte d’Ivoire a validé un prêt de 200 millions d’euros (environ 232 millions de dollars) accordé par la Banque islamique de développement afin de soutenir la première phase du projet de mobilité urbaine durable et intégrée de la capitale économique.
L’accord, signé le 9 novembre 2025, a été officiellement entériné lors du Conseil des ministres du 4 mars. Ce financement s’inscrit dans le cadre du Programme de mobilité urbaine soutenable du Grand Abidjan (PMUS‑2040), une stratégie de long terme visant à transformer en profondeur les systèmes de transport de la métropole ivoirienne. L’objectif est de répondre à la croissance rapide de l’agglomération et d’améliorer la qualité des déplacements pour des millions d’habitants. Le programme prévoit notamment la création d’un réseau de transport structurant reposant sur plusieurs modes complémentaires. Parmi les projets majeurs figurent la mise en place de 164 kilomètres de lignes de bus à haut niveau de service, également appelés bus rapide transit (BRT), ainsi que la construction de 65 kilomètres de métro.
À ces infrastructures s’ajoute le développement du transport lagunaire, qui doit exploiter le potentiel du réseau d’eau qui traverse la ville, ainsi que l’introduction de systèmes de transport intelligents destinés à optimiser la gestion du trafic. La première phase du projet, soutenue par ce financement international, se concentrera principalement sur la réalisation d’infrastructures structurantes et sur le renforcement de l’intermodalité. Elle prévoit notamment la construction de plusieurs ports lagunaires destinés à accueillir les navettes fluviales et à faciliter les correspondances avec les autres modes de transport.
Trois pôles d’échanges multimodaux seront également aménagés dans des zones stratégiques de la ville : Cocody Saint‑Jean, de la Vie et Pétro Ivoire. Ces infrastructures doivent permettre de connecter efficacement bus, métro, transport lagunaire et mobilité douce afin de fluidifier les déplacements urbains. Le projet comprend par ailleurs la réhabilitation de plusieurs axes routiers, l’amélioration des systèmes de drainage et l’aménagement d’infrastructures destinées aux mobilités alternatives. Des trottoirs et des pistes cyclables devraient ainsi être créés afin d’encourager des modes de déplacement plus durables et de renforcer la sécurité des usagers.
Les enjeux de mobilité demeurent particulièrement importants dans la capitale économique ivoirienne, qui connaît une croissance démographique rapide et une forte expansion urbaine. Dans une étude publiée en 2019, la Banque mondiale soulignait déjà l’ampleur des difficultés de transport dans la métropole. Selon ce rapport intitulé The Challenge of Urban Mobility in Abidjan, les ménages les plus modestes consacrent entre 20 % et 30 % de leurs revenus aux déplacements quotidiens.
Le temps passé dans les transports constitue également un défi majeur. Toujours selon cette étude, les habitants d’Abidjan passent en moyenne près de 200 minutes par jour dans les transports, en incluant les trajets et les périodes d’attente. Ces contraintes ont également un impact macroéconomique : la Banque mondiale estime que les problèmes de mobilité dans l’agglomération entraînent une perte équivalente à 4 à 5 % des recettes publiques nationales. Face à ces défis, les autorités ivoiriennes multiplient les investissements dans les infrastructures de transport. Dans le budget national 2026, le gouvernement a ainsi consacré 321,5 milliards de francs CFA – soit environ 568 millions de dollars – au secteur des transports et des affaires maritimes, représentant environ 3 % des dépenses publiques.
Ce nouveau financement illustre également la solidité de la coopération entre la Côte d’Ivoire et la Banque islamique de développement. L’institution financière intervient dans plusieurs domaines stratégiques du pays, notamment les infrastructures, l’agriculture, les services urbains et le développement du capital humain. En 2023, le portefeuille de projets financés par la banque dans le pays atteignait déjà environ 2,5 milliards de dollars. "Avec le lancement de cette nouvelle phase du PMUS-2040, Abidjan espère poser les bases d’un système de transport moderne, intégré et plus durable, capable d’accompagner le développement d’une des plus grandes métropoles d’Afrique de l’Ouest", a-t-on aussi fait savoir.
