L’industrie audiovisuelle africaine entre dans une nouvelle phase de transformation. Le groupe français Canal+ a annoncé le 5 mars la fermeture de Showmax, la plateforme de streaming développée par sa filiale MultiChoice. Cette décision intervient à l’issue d’un examen stratégique des activités numériques du groupe sur le continent, quelques mois seulement après une acquisition qui a profondément rebattu les cartes du secteur.
En octobre 2025, Canal+ a finalisé le rachat de MultiChoice pour environ 2 milliards de dollars, après avoir obtenu l’aval des autorités de régulation sud-africaines. Cette opération, longtemps scrutée par les acteurs de l’industrie, a permis au groupe français de prendre le contrôle d’un ensemble d’actifs audiovisuels majeurs en Afrique. Parmi eux figurent notamment les plateformes de télévision payante DStv et GOtv, très populaires dans de nombreux foyers africains. Avec cette acquisition, Canal+ étend considérablement son empreinte sur le continent. L’écosystème désormais formé par l’ensemble des chaînes, services de distribution et structures de production hérités de MultiChoice couvre près d’une cinquantaine de pays et touche, selon les chiffres communiqués par l’entreprise, jusqu’à 100 millions de personnes chaque jour. Peu d’acteurs médiatiques disposent d’une présence aussi large sur le marché africain.
La disparition annoncée de Showmax apparaît ainsi comme la première étape d’une restructuration plus profonde. Lancée pour concurrencer les grandes plateformes internationales de vidéo à la demande, la plateforme avait tenté de s’imposer sur un marché encore émergent. Malgré des investissements importants dans les productions locales et les contenus africains, son modèle économique est resté fragile face à la fragmentation des marchés et aux contraintes de connectivité. Pour Canal+, la stratégie consiste désormais à concentrer les ressources sur les segments jugés les plus solides, notamment la télévision payante et les offres hybrides associant diffusion satellite et services numériques. Les marques DStv et GOtv, déjà bien implantées, pourraient servir de socle pour intégrer progressivement de nouvelles fonctionnalités de streaming sans multiplier les plateformes distinctes.
Cette réorientation reflète les défis spécifiques du marché africain du streaming. Contrairement aux économies occidentales où la vidéo à la demande domine déjà largement la consommation audiovisuelle, la transition vers le tout numérique reste plus progressive sur le continent. Le coût de la connexion internet, l’accès inégal aux infrastructures haut débit et le pouvoir d’achat limité dans plusieurs pays freinent encore l’adoption massive des abonnements aux plateformes. Dans ce contexte, les acteurs du secteur cherchent à adapter leurs modèles économiques. Les offres combinant télévision traditionnelle, streaming et contenus mobiles apparaissent de plus en plus comme une solution intermédiaire capable de répondre aux réalités du terrain. La stratégie de Canal+ semble s’inscrire dans cette logique d’hybridation.
Au-delà de la restructuration interne, la décision pourrait également avoir des conséquences pour l’écosystème audiovisuel africain. Showmax avait contribué ces dernières années au financement de nombreuses séries et productions locales. La question demeure donc de savoir comment ces investissements évolueront dans la nouvelle organisation du groupe. Une chose est certaine : avec le rachat de MultiChoice, Canal+ s’impose désormais comme l’un des acteurs dominants du paysage audiovisuel africain. La fermeture de Showmax marque ainsi le début d’une nouvelle stratégie qui pourrait redéfinir durablement la concurrence et les modes de consommation des contenus sur le continent.
