Le mégaprojet minier guinéen de Simandou a acté le début effectif de ses exportations de minerai de fer vers le marché mondial. Le groupe chinois China Baowu Steel, premier producteur mondial d’acier et actionnaire clé du projet, a annoncé avoir réceptionné en Chine une première cargaison de minerai en provenance de Guinée, confirmant ainsi l’entrée progressive de Simandou dans les circuits internationaux d’approvisionnement.
Selon un communiqué publié par China Baowu Steel et relayé par plusieurs médias internationaux, un navire transportant près de 200 000 tonnes de minerai de fer est arrivé le 17 janvier au port de Majishan, dans la province du Zhejiang, à l’est de la Chine, après un voyage maritime de 46 jours. L’entreprise a également précisé qu’une deuxième cargaison avait quitté la Guinée à la fin du mois de décembre, illustrant la montée en régime progressive des opérations d’exportation. Ce premier flux commercial marque une étape hautement symbolique pour un projet longtemps resté à l’état de promesse. Pendant plus de deux décennies, Simandou a été freiné par des suspensions, des contentieux juridiques et des renégociations contractuelles complexes.
Le lancement officiel des opérations minières, intervenu le 11 novembre 2025, a mis fin à cette longue période d’incertitudes et ouvert la voie à l’exploitation de l’un des plus grands gisements de minerai de fer à haute teneur encore inexploités au monde. Situé dans le sud-est de la Guinée, entre les préfectures de Beyla et de Kérouané, le gisement de Simandou est développé par Rio Tinto Simfer et Winning Consortium Simandou. Il est composé de quatre blocs dont la capacité totale de production est estimée à environ 120 millions de tonnes par an à pleine capacité. Une phase de montée en puissance est toutefois prévue, avec un objectif intermédiaire d’environ 60 millions de tonnes annuelles, afin d’assurer une exploitation progressive et maîtrisée.
L’entrée en production de Simandou a été rendue possible grâce à la réalisation du corridor ferroviaire transguinéen, un projet d’infrastructure majeur de plus de 600 kilomètres reliant les zones minières de la Guinée forestière aux ports de la côte atlantique. Véritable colonne vertébrale logistique du projet, ce corridor permet l’acheminement du minerai vers les marchés internationaux et devrait également contribuer au désenclavement de plusieurs régions du pays. Pour la Guinée, l’arrivée des premières cargaisons sur le marché mondial ouvre de nouvelles perspectives économiques. À terme, les institutions financières internationales estiment que Simandou pourrait accroître sensiblement le produit intérieur brut du pays et renforcer durablement les recettes publiques.
Les autorités guinéennes ambitionnent d’en faire un levier de transformation structurelle à travers le programme « Simandou 2040 », destiné à orienter une partie des revenus miniers vers les infrastructures, l’agriculture, l’éducation et l’industrialisation. Pour la Chine, première destination annoncée du minerai, l’enjeu est à la fois industriel et stratégique. Le pays importe environ 80 % de son minerai de fer d’Australie et du Brésil et cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement. La haute teneur en fer du minerai de Simandou, supérieure à 65 %, répond par ailleurs aux exigences d’une industrie sidérurgique engagée dans une transition vers des procédés de production moins émetteurs de carbone. Selon plusieurs analystes, l’impact du projet pourrait ainsi dépasser le cadre asiatique et influencer durablement l’industrie sidérurgique mondiale, y compris en Europe.
