Par ses portraits colorés, la photographe kenyane Thandiwe Muriu fait découvrir la femme noire à sa manière. Si la démarche artistique est audacieuse, le message qu’elle voudrait faire passer  est simple : faire émerger la beauté en cassant les préjugés qui ont souvent discrédité les femmes du continent.

« Des formes géométriques, de la perspective, des effets 3D, des couleurs vives, un vêtement et une femme noire : voici la signature de Thandiwe Muriu, la nouvelle star de la photographie », a écrit Byus Media pour décrire l’approche de cette artiste de 34 ans qui sublime la femme noire par le biais de portraits mélangeant formes et couleurs, fond de tableau et tissus. 

Pour Thandiwe Muriu, le modèle noir est à la base de tout. Ayant durant toute son enfance vécu dans le monde artistique, la photographie est pour elle une vocation.  Né d’un père photographe, Thandiwe se laisse très vite influencer. Autour d’elle, ses sœurs ont aussi choisi de plonger dans le monde de l’art : l’une est pianiste, l’autre est styliste. A seulement 14 ans, elle commence à photographier, histoire de se faire plaisir. Trois ans plus tard, elle se perfectionne et fignole ses connaissances techniques et artistiques. Elle confiera que c’est inspirée par le magazine de mode Vogue qu’elle prendra l’une de ses sœurs pour modèle.

« J’ai commencé par me demander : “Qu’est-ce que j’aime ?” La réponse a été simple : “Les couleurs !” J’ai élargi le concept des couleurs africaines et j’ai joué avec les motifs ». Tels sont les mots de la photographe lors de son intervention à l’Unesco. Celle-ci met en lumière des objets de tous les jours qu’elle détourne. Ce faisant, elle apporte de la beauté au tableau, au même titre que les coiffures que les modèles semblent fièrement porter.

Ses portraits racontent l’Afrique, la beauté des femmes noires, leurs peaux sublimées et leurs coiffures. Nous plongeons dans un univers coloré, juste le temps de se rendre compte que le modèle noir et féminin n’est que trop rarement présent dans les magazines.

Son art veut contribuer à la réussite du pari qui veut que les femmes noires puissent s’identifier, se reconnaître à travers des modèles qui évoquent leurs origines. Thandiwe a une autre obsession : rendre accessible aux femmes une profession presque exclusivement réservé aux hommes. C’est un message qu’elle fait passer dans les écoles, en soutenant avec vigueur que les métiers de la création ne sont pas seulement destinés à l’autre sexe. « Jeune, femme et noire de surcroit, elle est la preuve que la réussite peut sourire à toutes. Toutefois, il faut comme elle l’a fait, savoir innover, aller au-delà de l’art classique, présenter un nouvel univers », a-t-on aussi dit d’elle.