En raison de plusieurs facteurs liés pour l’essentiel à la volatilité du contexte politique du pays, la Banque africaine de développement (BAD) a plus ou moins limité pendant de longues années ses interventions en RDC. Mais les élections démocratiques de décembre 2018 et la transition politique apaisée qui s’en est suivie ont créé les bases d’un contexte plus stabilisé et favorable. Aussi, la Banque a décidé de faire son grand retour à Kinshasa.

 En approuvant une enveloppe de près de 142 millions de dollars pour appuyer les efforts du gouvernement dans la lutte contre la pandémie de Covid-19, la BAD affirme apporter un appui substantiel, tout en posant un acte fort en direction de ce pays d’Afrique centrale qui est appelé à jouer un rôle de premier plan en raison de sa position stratégique et de son influence dans la sous-région. Le Covid‑19 a perturbé les résultats de plus d’une décennie de croissance de ce pays africain qui était sur une très bonne lancée.

 Selon Solomane Koné, Directeur Général par intérim de la Région Afrique centrale pour la BAD, ce soutien de la Banque est déterminant car il permettra de soutenir la riposte sanitaire, d’atténuer les effets sociaux de la pandémie et de soutenir la résilience des entreprises et la relance de l’économie.


Un portefeuille conséquent

Le portefeuille de la Banque en RDC se chiffre à environ 1,4 milliard de dollars américains et couvre plus d’une trentaine de projets en cours dans différents secteurs tels que les infrastructures (transport, énergie, eau et assainissement), l’agriculture, le social, la gouvernance, la finance, l’industrie et les mines, sans oublier les thématiques transversales comme, le renforcement des capacités, l’autonomisation des femmes, l’emploi des jeunes, etc.

Il faut aussi ajouter à cette liste plusieurs projets aujourd’hui achevés et qui, selon la BAD, ont contribué à améliorer les conditions socio‑économiques des populations. Et malgré les réticences aujourd’hui levées, le portefeuille de la Banque en RDC est l’un des plus importants de la région Afrique centrale. Il se justifie aux yeux de l’institution de financement par les immenses potentialités dont dispose ce pays pour jouer pleinement le rôle de plaque tournante régionale.


Solomane Koné rappelle que la République démocratique du Congo est un immense territoire de plus de 2 millions de km2. L’envergure des projets d’infrastructures, pour ne prendre que cet exemple, doit répondre ainsi au défi territorial pour un maximum d’impact. Si l’on prend le cas du barrage hydroélectrique d’Inga III, un projet très important pour la Banque, sa mise en œuvre permettra de fournir en électricité des millions de populations en RDC, mais également à travers toute l’Afrique, tant le potentiel est immense. « Même si les moyens requis pour parvenir à son exploitation sont colossaux, il 
faut s’inscrire dans une perspective de long terme », 
soutient-il.

 

Renforcer la connectivité

L’autre axe de développement mis en avant par la BAD concerne le développement portuaire. La RDC est en effet un pays semi-enclavé qui dépend de plusieurs ports des régions de l’Afrique de l’est et de l’Afrique centrale. Il s’agit donc d’accompagner le pays dans sa politique d’aménagement portuaire par le truchement de grands ports secs pour desservir l’intérieur du pays et c’est ce que la Banque entrevoit de faire avec le financement des études de développement du port sec de Kassumbalesa.

Dans le domaine du transport routier, la Banque vient de mobiliser plus de 50 millions d’UC (environ 70,37 millions de dollars) pour le projet de réhabilitation de la Route nationale n°1 (Section Kinshasa/Ndjili – Batshamba) qui constitue l’épine dorsale du système de transport routier en RDC avec un impact certain sur le développement économique et social du pays. C’est aussi une route communautaire de grande importance pour l’Afrique centrale. Ce financement vient en complément des 197 millions d’UC (environ 277 millions de dollars) précédemment octroyés par la Banque pour la réalisation des sections Batshamba-Tshikapa, Tshikapa-Kamuesha et Kamuesha-Mbuji Mayi.

De même, le pont route-rail sur le fleuve Congo entre la République démocratique du Congo et la République du Congo constitue aussi un exemple de projet à haute valeur ajoutée. Sa réalisation permettra de faciliter le transport des biens et des personnes entre les deux capitales les plus proches au monde. La Banque a financé les études de faisabilité déjà disponibles et est positionné en tant que chef de file pour la mobilisation des financements dans le cadre de la réalisation du projet. Par ailleurs la Banque a accordé 40 millions d'UC (environ 56 millions de dollars) à la RDC et 1,86 million d'UC (environ 2 millions de dollars) à la République du Congo pour la réalisation des voies d’accès au pont.

A noter en outre le projet prioritaire de sécurité aérienne où la Banque intervient pour la modernisation et l’équipement en matériel de sécurité et de navigation de 5 aéroports internationaux en RDC. Dans le secteur de l’énergie, le projet Inga III est aussi un exemple de projet pour l’intégration régionale. Dans le Cadre stratégique pour l’intégration régionale de la Banque, il ressort que l’intégration régionale concourt à la réalisation des cinq grandes priorités (High 5) de la Banque, appuie la Vision 2063 de l’Union africaine et favorise l’avènement d’une zone de libre-échange continentale (ZLECA).



Un pays en transition

La BAD affirme cependant la nécessité de prendre conscience que la RDC est un pays en transition, confrontée à des tensions politiques et sécuritaires épisodiques, sources de vulnérabilité. Cela appelle des réformes institutionnelles, économiques et sociales pour asseoir les conditions d’une paix durable et d’une croissance économique soutenue et inclusive. Nous devons être présents et soutenir le pays dans ces efforts de réformes.


La RDC est le quatrième pays le plus peuplé du continent et le deuxième par sa superficie. C’est un pays‑carrefour qui partage des frontières communes avec neuf autres pays. Elle possède d’importantes ressources naturelles parmi les plus grandes réserves de l’Afrique subsaharienne. Elle dispose donc d’un potentiel qu’il faudrait développer de façon harmonieuse.

La Banque estime que les autorités de la RDC ont la capacité  de « saisir les immenses enjeux et opportunités d’une bonne coopération avec les institutions multilatérales comme la Banque africaine de développement. Il s’agit seulement d’identifier les priorités stratégiques et de se donner ensemble les moyens de les réaliser ».