Face aux exigences croissantes de la transition énergétique, les grandes puissances intensifient leurs stratégies pour sécuriser l’accès aux matières premières critiques. Dans ce contexte, l’Afrique s’impose comme un espace hautement stratégique. Riche en ressources naturelles essentielles, le continent devient ainsi un terrain de rivalités économiques et géopolitiques de plus en plus marqué. C’est dans cette dynamique que l’Union européenne a récemment lancé PanAfGeo+ Invest.
Selon les explications fournies, PanAfGeo+ Invest est un nouvel instrument destiné à stimuler les investissements européens dans les minerais critiques en Afrique. Cette initiative s’inscrit dans la continuité du programme PanAfGeo+, financé depuis 2016, qui a contribué à renforcer les capacités de nombreux acteurs issus des 54 pays africains dans les domaines de la géoscience et de la gouvernance minière. Elle constitue ainsi un prolongement opérationnel de cette première phase. Son objectif est d’identifier, soutenir et accompagner des projets miniers émergents présentant un intérêt stratégique pour l’Europe.
Une première composante du programme ciblera notamment la République démocratique du Congo, la Namibie et l’Afrique du Sud, trois pays disposant d’importantes réserves de minerais critiques. Bien que les modalités précises et le budget du programme restent encore à détailler, cette initiative s’inscrit dans la continuité du projet AfricaMaVal, achevé en 2025, qui visait à établir un partenariat équilibré entre l’Europe et l’Afrique pour un approvisionnement responsable en ressources minérales. Au-delà de son apparente dimension de coopération, PanAfGeo+ Invest s’inscrit surtout dans une compétition internationale accrue. L’Afrique, qui concentrerait environ 30 % des réserves mondiales de minerais critiques — notamment le lithium, le graphite et les terres rares — est devenue un enjeu central pour les industries liées aux véhicules électriques, aux énergies renouvelables et à la défense.
Dans cette course, les États-Unis ont pris une longueur d’avance grâce à des initiatives ciblées et à des financements conséquents mobilisés par des agences telles que la DFC ou l’USTDA. Cette dynamique a déjà permis d’attirer certaines entreprises minières. À titre d’exemple, une société comme Pensana a récemment revu sa stratégie en se tournant vers le marché américain, jugé plus attractif en termes de soutien financier pour les projets liés aux terres rares. Parallèlement, d’autres acteurs continuent de renforcer leur présence. Le Japon, via son agence publique JOGMEC, investit activement dans la filière des terres rares en Namibie. Quant à la Chine, elle demeure un acteur incontournable, dominant déjà une grande partie des chaînes d’approvisionnement mondiales en minerais critiques et consolidant ses positions en Afrique depuis plusieurs années.
Dans ce contexte, l’Union européenne semble chercher à rattraper son retard en structurant une approche plus cohérente et durable. Des initiatives complémentaires, comme le programme « Global Gateway », témoignent de cette volonté d’affirmer une présence stratégique sur le continent. Pour autant, le succès de PanAfGeo+ Invest dépendra de la capacité de Bruxelles à mobiliser efficacement ses instruments financiers et à proposer des partenariats compétitifs face à des concurrents déjà bien implantés. L’enjeu pour l’Europe est clair : garantir un accès sécurisé et durable aux ressources indispensables à sa transition énergétique. Du côté africain, cette compétition représente à la fois une opportunité et un défi. Les pays du continent devront veiller à tirer pleinement parti de cet intérêt croissant, en négociant des partenariats équilibrés et en favorisant la transformation locale des ressources. L’objectif sera de maximiser les retombées économiques tout en soutenant un développement durable et inclusif.
