Lancée en février 2024, l’Alliance des institutions financières multilatérales africaines (AAMFI), également appelée Africa Club, se positionne comme un nouvel instrument de coordination financière à l’échelle du continent. Créée en collaboration avec la Commission de l’Union africaine, elle regroupe douze institutions financières multilatérales contrôlées et détenues par des Africains, représentant un bilan combiné supérieur à 70 milliards de dollars américains.
L’initiative s’inscrit dans un contexte où les besoins de financement du développement en Afrique demeurent considérables, notamment dans les domaines des infrastructures, de l’industrialisation et de l’intégration régionale. Face à la fragmentation des marchés financiers et à la dépendance persistante vis-à-vis de capitaux extérieurs, Africa Club entend promouvoir une action collective structurée afin de mobiliser plus efficacement les ressources disponibles sur le continent. Selon ses promoteurs, l’Alliance vise à renforcer l’architecture financière africaine en favorisant la coordination entre institutions multilatérales régionales. Elle cherche également à porter un plaidoyer unifié sur les questions de financement du développement et à encourager une mobilisation accrue des capitaux africains, qu’ils soient publics ou privés.
L’objectif affiché est d’aligner ces efforts sur les priorités stratégiques définies dans l’Agenda 2063, feuille de route de l’Union africaine pour une transformation économique et sociale du continent à l’horizon 2063. Les douze membres de l’Alliance couvrent différents segments du financement du développement : commerce, infrastructures, assurance, investissements et soutien aux États. Ensemble, ils disposent d’une capacité financière significative, bien que jugée encore insuffisante au regard de l’ampleur des besoins estimés pour combler le déficit d’infrastructures et soutenir la croissance industrielle.
Pour ses responsables, l’un des principaux enjeux réside dans la mutualisation des expertises et le partage des risques. Dr Corneille Karekezi, directeur général d’Africa Reinsurance Corporation et futur président de l'Alliance, a souligné l’importance d’une collaboration institutionnelle renforcée. Selon lui, le financement du développement africain doit être fondé sur l’innovation et sur une meilleure coordination entre acteurs financiers du continent. Il estime que le partage stratégique des risques, le renforcement des institutions existantes et la mobilisation conjointe de capitaux nationaux et privés constituent des leviers essentiels pour bâtir un écosystème financier plus résilient. Un tel écosystème, ajoute-t-il, serait en mesure de soutenir des infrastructures structurantes et d’encourager une croissance industrielle à l’échelle continentale.
Africa Club entend ainsi dépasser les approches fragmentées en favorisant des mécanismes concertés d’intervention. Cette logique de coopération vise à améliorer la préparation des projets, à harmoniser les cadres d’analyse du risque et à faciliter l’accès à des financements de long terme, souvent rares et coûteux pour les économies africaines. Au-delà de la dimension technique, l’Alliance revêt également une portée politique. En rassemblant des institutions financières multilatérales africaines autour d’une plateforme commune, elle ambitionne de renforcer la souveraineté financière du continent et de mieux aligner les flux de capitaux sur ses priorités de développement.
Si son efficacité devra être évaluée à l’aune des projets effectivement financés et des impacts mesurables sur le terrain, Africa Club marque une étape supplémentaire dans la structuration d’une réponse africaine aux défis du financement du développement. Dans un environnement international en mutation, elle illustre la volonté croissante des acteurs africains de coordonner leurs moyens pour soutenir une transformation économique durable et intégrée.
