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ENDETTEMENT DE L'AFRIQUE | Jean-Fidèle Otandault recadre le débat

 

Alors que la question reste souvent focalisée sur le volume global de la dette des pays africains, Jean-Fidèle Otandault invite à déplacer le regard.


Alors que la question reste souvent focalisée sur le volume global de la dette des pays africains, Jean-Fidèle Otandault invite à déplacer le regard. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique le 4 février, l’ancien ministre d’État gabonais en charge du Budget et des Comptes publics met en lumière un facteur déterminant mais encore sous-estimé : le coût de la dette, et plus précisément le poids croissant de son service sur les finances publiques.


Expert-comptable et commissaire aux comptes, Otandault dresse un constat sans détour. Contrairement à une idée largement répandue, le niveau d’endettement des pays africains demeure, dans bien des cas, inférieur à celui observé dans certaines économies émergentes ou avancées. Le véritable danger réside ailleurs. « Le principal enjeu aujourd’hui n’est pas tant le niveau de la dette que son coût », souligne-t-il. Autrement dit, ce n’est pas l’encours qui étouffe les États, mais la facture annuelle qu’ils doivent honorer pour rembourser intérêts et principal.


Ce fardeau budgétaire atteint désormais des proportions alarmantes. Selon Otandault, plus d’un tiers des recettes publiques est aujourd’hui absorbé par le service de la dette dans plusieurs pays du continent. Une situation qui réduit drastiquement les marges de manœuvre des gouvernements et les contraint à des arbitrages douloureux. Les dépenses sociales et productiveséducation, santé, énergie, infrastructures de transport – se retrouvent reléguées au second plan, alors même qu’elles conditionnent la croissance et la stabilité à long terme.


L’ancien ministre gabonais pointe également une dynamique préoccupante : le recours croissant à des financements intérieurs et privés, souvent contractés à des conditions beaucoup plus onéreuses que les emprunts concessionnels. Cette stratégie permet parfois d’éviter une hausse rapide du stock de dette, mais elle alourdit considérablement le service annuel, accentuant l’asphyxie budgétaire. Un piège d’autant plus redoutable qu’il est moins visible dans les indicateurs classiques d’endettement. Face à ce risque systémique, Jean-Fidèle Otandault plaide pour une réponse globale et cohérente. Fort de son expérience au Gabon, il insiste sur la nécessité de renforcer la mobilisation des recettes publiques, d’améliorer l’efficacité de la dépense – y compris des investissements – et d’instaurer une gestion budgétaire beaucoup plus rigoureuse. 


À cela, l'ancien membre du gouvernement, passé aussi par le ministère gabonais chargé de la promotion des investissements, ajoute un impératif central : l’amélioration de l’environnement des affaires afin de stimuler une croissance plus robuste et durable, seule capable d’élargir durablement l’assiette fiscale. Sur la question sensible des relations avec le Fonds monétaire international, Otandault adopte une posture pragmatique. Il se dit favorable à une collaboration avec l’institution de Bretton Woods, à condition que les programmes soient conçus par les pays eux-mêmes, tiennent compte de leurs spécificités et reposent sur des objectifs réalistes. 


Un message qui trouve un écho particulier à l’heure où plusieurs États africains, dont le Gabon, négocient de nouveaux accords avec le FMI. Mais au-delà des chiffres et des habituels débats sur la nécessité ou non de coopérer avec les bailleurs de fonds dits traditionnels, l’alerte lancée par Jean-Fidèle Otandault rappelle une évidence souvent négligée : sans maîtrise du coût de la dette, l’endettement devient un frein majeur au développement, même lorsqu’il reste quantitativement modéré. Un signal fort pour les décideurs du continent.

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