La Tunisie confirme son statut d’acteur de premier plan du marché de l’huile d’olive. Selon les dernières données publiées par l’Observatoire national de l’Agriculture (Onagri), le pays a exporté 236 900 tonnes d’huile d’olive au cours des neuf premiers mois de la campagne 2024/2025, débutée en novembre dernier. Ce volume marque une hausse significative de 36 % par rapport aux 173 900 tonnes expédiées sur la même période un an plus tôt. Plus encore, il dépasse déjà le total des expéditions enregistrées sur l’ensemble de la campagne 2023/2024, qui s’étaient établies à 195 400 tonnes.
Ces performances confirment le dynamisme de la filière tunisienne, considérée comme l’un des piliers de l’agriculture nationale et comme une vitrine de l’exportation agricole du pays. Toutefois, derrière ces volumes records, les résultats financiers révèlent une situation plus délicate. En effet, malgré la progression des quantités exportées, les recettes générées par la filière s’élèvent à seulement 3,19 milliards de dinars (environ 1,1 milliard $), soit une baisse de 31 % par rapport aux 4,62 milliards de dinars (1,6 milliard $) engrangés sur la même période lors de la campagne précédente. Cette contradiction s’explique principalement par la chute des prix sur le marché international. Toujours selon l’Onagri, en juillet 2025, le prix moyen de l’huile d’olive tunisienne a plongé de 50 % par rapport à juillet 2024. Les variations sont importantes : de 7,35 dinars le kilo pour les catégories les plus accessibles, jusqu’à 17,50 dinars/kg pour les huiles de meilleure qualité. Cette érosion des prix affecte directement les marges des producteurs et des exportateurs, réduisant l’impact positif de la hausse des volumes.
L’huile d’olive constitue depuis plusieurs décennies l’une des principales sources de devises pour la Tunisie. Avec des marchés clés comme l’Union européenne, les États-Unis et certains pays d’Asie, elle incarne un produit d’excellence et un vecteur de notoriété internationale. Cependant, la dépendance aux fluctuations des cours mondiaux fragilise la filière. La baisse des prix observée en 2025 s’explique notamment par une offre excédentaire sur le marché international, accentuée par de bonnes récoltes en Méditerranée et la reprise de la production en Espagne, premier producteur mondial. Cette conjoncture défavorable pousse le pays à miser davantage sur la diversification des marchés, la valorisation des produits transformés et l’amélioration de la qualité pour maintenir leur compétitivité.
Si la tendance actuelle des prix devait se poursuivre, la campagne 2024/2025 pourrait se solder par des résultats financiers en demi-teinte, malgré des performances logistiques et commerciales remarquables. Pour faire face à ces défis, les acteurs de la filière appellent à un renforcement des stratégies de valorisation, notamment à travers l’huile d’olive conditionnée, qui permet de mieux capter la valeur ajoutée. Par ailleurs, l’investissement dans les labels de qualité, la promotion du bio et l’ouverture vers de nouveaux débouchés en Afrique et en Asie apparaissent comme des leviers essentiels pour réduire la dépendance aux marchés traditionnels.
