À l’occasion de la diffusion de la série dramatique "Monkam" sur TV5MONDE+, sa co-créatrice et scénariste, la Camerounaise Evodie Ngueyeli, lève le voile sur les coulisses d’un thriller psychologique qui bouscule les codes. À la fois profondément ancrée dans les réalités de son pays d’origine et portée par des questionnements universels, l’œuvre s'impose comme une proposition forte du paysage audiovisuel africain contemporain.
Au centre de Monkam, une interrogation fondamentale et troublante : jusqu’où un parent peut-il aller pour protéger son enfant ? Pour Evodie Ngueyeli, c’est ce caractère profondément humain qui a dicté la nécessité de porter cette histoire à l’écran. Le récit explore la trajectoire de personnages poussés dans leurs retranchements, contraints de faire des choix impossibles. La scénariste a délibérément refusé le piège du manichéisme. Les protagonistes ne sont ni totalement innocents, ni totalement coupables. En plaçant notamment un pasteur au cœur de l'intrigue, la série crée une tension dramatique majeure entre la foi, les valeurs morales et la brutalité du réel. Cette exploration des zones grises empêche le spectateur de s’installer dans un jugement confortable. On comprend les motivations sans pour autant cautionner les actes, ce qui pousse le public à une introspection inévitable : « Qu’aurais-je fait à sa place ? »
Derrière le drame intime et familial, la série se déploie comme un thriller social sans concession. La série aborde des sujets graves et d’une brûlante actualité : le trafic d'organes, les violences faites aux femmes, les problèmes de fertilité, mais aussi la corruption et les inégalités systémiques. À travers ce prisme, Evodie Ngueyeli interroge les mécanismes de pouvoir et d’argent. Elle met en lumière la vulnérabilité des familles face à des réseaux qui profitent de leur détresse. C’est une réflexion globale sur la survie et le sentiment d'abandon qui émerge lorsque les voies légales ne permettent plus de protéger les siens.
La force de Monkam provient également de son positionnement esthétique et narratif. La série participe pleinement à l'essor des productions du continent, où les créateurs africains s'emparent de leurs propres récits. Le choix du thriller, un genre hautement populaire, permet de concilier une grande ambition de production avec une authenticité culturelle stricte. Pour la productrice, l’universalité ne s'obtient pas en lissant les spécificités locales. C’est précisément la sincérité de l'ancrage camerounais qui donne au récit sa force d'exportation. En parlant de sacrifice, de peur, de culpabilité et de foi, la série touche à des émotions globales. Elle démontre qu’une œuvre peut rester fidèle à son territoire tout en voyageant bien au-delà des frontières africaines, pour susciter partout la même empathie et le même inconfort salutaire.
